Dans « The Lines that define me », un jeune homme au bout du rouleau parvient à renaître grâce à l’art du Sumi-e, la peinture traditionnelle japonaise. Une belle leçon de vie et d’introspection.
The Lines that define me est un film réalisé en 2022 par Nori Koizumi (la trilogie Chihayafuru). Il est adapté d’un roman de Hiromasa Togami.
Nous y suivons Sosuke (Ryusei Yokohama, vu dans Le Maître du kabuki), soudainement invité à devenir l’apprenti d’un célèbre maître de la peinture Sumi-e. Le jeune homme se passionne immédiatement pour cet art. Mais en parallèle, il porte en lui un profond fardeau émotionnel qu’il n’a pas encore réussi à surmonter. Sa rencontre avec Chiaki (Kaya Kiyohara, croisée dans Last Samurai Standing), la petite-fille du maître, va pourtant peu à peu amorcer un changement en lui. Ce saut dans l’inconnu sera-t-il suffisant pour guérir ses blessures ?
Avec à l’affiche les jeunes stars populaires Ryusei Yokohama et, et réalisé par KOIZUMI Nori, connu pour son film à succès Chihayafuru.
Quand les pinceaux s’en mêlent

The Lines that defines me se penche sur la philosophie beauté envoûtante du Sumi-e. Son nom signifie littéralement « peinture à l’encre ». Ce mouvement -originaire de Chine- est apparu au Japon dès le VIIe siècle. Il a pour particularité de n’utiliser qu’une seule couleur, le noir le plus communément. En diluant la couleur, le peintre utilise alors des nuances de ce dernier qui dérive ainsi par les gris et les blancs. Tout se joue sur la technique extraordinaire des peintres qui doivent jouer également sur la position du pinceau, ainsi que la vitesse et la force de leurs mouvements.
Associé au bouddhisme zen, le Sumi-e représente en grande majorité des paysages et des sujets liés à la nature, comme des plantes. Le réalisateur nous offre une plongée au cœur de cet art sublime et spirituel. Et il le fait avec élégance et force.
Pour ne faire qu’un

Nori Koizumi nous dépeint en effet les différents stades de maîtrise du Sumi-e. Déjà en nous montrant comment il peut se transformer en fantastique spectacle quand il est pratiqué, justement, par des maîtres.
Deux scènes vibrantes vous laisseront les larmes aux yeux tellement elles respirent l’amour pour cet art japonais. Les peintres ne font plus qu’un avec leur œuvre. Ils ressentent comme une osmose. Une transe. Devant nos yeux, c’est un ballet qui se joue. L’âme de l’artiste réussit à retranscrire son sentiment intérieur. Il dépose alors son âme sur la toile.

Tout est ainsi une question d’honnêteté. C’est justement grâce à elle que Sasuke, bien que débutant, réussit à s’exposer sans fard. Car il s’exprime en effet sur la toile poussé par l’empreinte d’un traumatisme. Son cœur est marqué par des fêlures qu’il doit soigner en mettant les regrets derrière lui. C’est justement cette souffrance qui émane de sa manière de peindre. Au contraire, Chiaki s’enferme dans une envie d’impressionner les autres. Cette énergie ne donne rien de bon et l’angoisse ne fait que grandir au moment de faire glisser son pinceau.
Les deux personnages ont pourtant encore beaucoup à découvrir sur eux-mêmes.
The Lines that define me : la peur de la toile blanche

Le long-métrage est en effet la métaphore assez évidente d’une idée toute simple : nous sommes tous des feuilles blanches. Quelles seront donc, comme le dit le titre, ces lignes qui vont nous définir ? Face au destin, nous tenons tous un pinceau qui en dessinera la route. Sasuke doit ainsi réussir à aller de l’avant, malgré les remords et les regrets. Son personnage va toutefois comprendre qu’il ne peut pas les effacer.
Par contre, en s’en inspirant, il peut peindre la suite de son histoire et rendre hommage à son passé. Son obstination à enchaîner les esquisses de yamabuki, une plante japonaise, est un premier pas vers la rédemption. Son maître Kozan est là pour le soutenir, lui l’apprenti du pinceau mais aussi de la vie.

The Lines that define me est un film magnifique qui met en avant l’art du Sumi-e de manière magistrale. Le casting est habité et réussit à nous partager l’émotion de ces peintres d’exception.
Et que c’est beau ! Ne soyez pas surpris si vous avez ensuite envie d’en découvrir plus sur les œuvres les plus connues de grands maîtres comme Josetsu, Shūbun ou Sesshū.

The Lines that define me est à découvrir en streaming gratuit sur le site du Japan Film Festival jusqu’au 7 mai.
-Stéphane Hubert
















































