Avril 2008, Tokyo, arrondissement de Kōtō. Rurika Tojo, 23 ans, vit avec sa sœur dans un petit appartement. Une situation somme toute assez banale dans une ville où un loyer peut très vite coûter des montants astronomiques. Pour les deux jeunes femmes, la vie se déroule d’une manière routinière : métro, boulot, dodo. Un quotidien classique dans la fourmilière tokyoïte… Jusqu’à la mystérieuse disparition de la jeune femme.

Rurika est née à Nagano en 1985. Son enfance ainsi que le début de sa vie adulte furent parfaitement conventionnels. Après avoir étudié l’anglais à l’université, elle aurait terminé ses études au Canada afin de perfectionner son anglais. Un choix gagnant dans le monde du travail nippon : pouvoir parler parfaitement anglais est une compétence particulièrement recherchée dans l’archipel. Forte de ce bagage, elle trouva rapidement un emploi de bureau.

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Cependant, sa vie allait prendre un tournant tragique lorsque, le 18 avril 2008, celle-ci vint à disparaître.

18 avril 2008 : la disparition inquiétante de Rurika Tojo

La sœur de Rurika rentre du travail après une longue journée. Mais un détail attire soudainement son attention : la porte d’entrée n’était pas verrouillée. Plus étonnant encore, les clés étaient dans la serrure. Lorsqu’elle entra, la pièce était plongée dans les ténèbres. Aucune lumière n’était allumée. Puis, à même le sol, se trouvait un sac de courses provenant du supermarché. La situation était particulièrement étrange… En effet, à peine une heure auparavant, Rurika avait envoyé un message à sa sœur lui annonçant qu’elle était sur le chemin du retour.

Inquiète, la sœur se lança dans une inspection minutieuse de l’appartement. L’inquiétude se faisait grandissante, d’autant plus que Rurika ne répondait ni aux appels ni aux messages. C’est alors qu’avec stupeur, la sœur vit une tache rouge au sol, avec quelques éclaboussures sur le mur. Plus aucun doute n’était permis à ce stade : quelque chose avait dû arriver à Rurika. C’est alors que la sœur appela la police.

La police arriva rapidement sur les lieux. Une équipe se concentra sur les images de vidéosurveillance. Toutefois, les images analysées laissèrent les policiers avec plus de questions que de réponses. Rurika aurait été filmée entrant dans l’immeuble, puis dans l’ascenseur… avant de disparaître sans laisser de trace. Pire encore, aucune image ne permettait de comprendre où celle-ci avait pu disparaître. Était-elle encore dans le bâtiment ?

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L’équipe de légistes sur place réalisa une recherche minutieuse d’empreintes digitales et en trouva une qui ne correspondait ni à celle de la disparue ni à celle de sa sœur. Cette empreinte, toutefois, était difficilement identifiable, car partielle.

L’analyse ADN de la tache de sang vint confirmer ce que craignaient les enquêteurs. Le sang était celui de Rurika. À ce stade, plus aucune place au doute : il était arrivé quelque chose à la jeune femme. Le temps pressait.

Devant l’absence d’images montrant une possible sortie du bâtiment de la jeune femme, les enquêteurs comprirent que la disparue devait encore se trouver à l’intérieur de l’édifice. C’est alors que l’enquête se transforma en huis clos, se focalisant sur les habitants de l’étage de la disparue. L’un des voisins attira rapidement l’attention des enquêteurs. Une personne discrète, connue pour avoir un comportement étrange. L’homme pouvait-il avoir un lien avec la disparition de la jeune femme ?

Un voisin particulièrement bizarre

Takanori Tojima, 33 ans, vivait dans l’appartement voisin de celui des deux sœurs Tojo. Une personne discrète, connue pour avoir un comportement pour le moins atypique. Il est important de noter ici que de nombreuses sources donnent des éléments différents concernant la vie et le parcours de l’individu. Voici quelques éléments parmi ceux paraissant les plus plausibles.

Takanori Hoshijima est né le 5 janvier 1985 dans la préfecture d’Okayama. Il est l’aîné d’une fratrie de quatre enfants, mais a vécu une enfance particulièrement traumatique. Un événement tragique, un accident domestique comme il en arrive des milliers tous les ans, allait marquer sa vie pour toujours. Âgé d’un an, il tomba accidentellement dans une bassine d’eau bouillante. Ses deux jambes furent brûlées au point de lui laisser des cicatrices permanentes. Bien entendu, comme cela est malheureusement souvent le cas, ces cicatrices devinrent un motif de harcèlement de la part de ses pairs durant toute son enfance.

L’enfant qu’était alors Takanori Tojima tenta en vain d’exprimer son mal-être à ses parents. Mais ceux-ci, plutôt que de le défendre ou de le rassurer, préféraient l’engueuler. Ce comportement vint renforcer l’image négative qu’avait Takanori de lui-même, le plongeant dans un état de profonde détresse psychologique. Et comme si cet abandon émotionnel de la part de ses parents ne suffisait pas, ceux-ci le forçaient à sortir en short afin d’exposer ses cicatrices. Leur but ? Rendre Takanori moins sensible au harcèlement de ses camarades et lui apprendre à ne pas se plaindre pour si peu. Un véritable bouillon de culture pour un futur trouble de la personnalité.

En grandissant, Takanori s’isola de plus en plus. Il ne pouvait pas socialiser avec autrui. L’individu vivait dans la peur permanente d’être rejeté, moqué ou trahi comme l’avaient fait ses parents en l’abandonnant avec sa souffrance. Il s’éloigna de plus en plus de sa famille afin de couper ce lien mortifère qui l’avait plongé dans le désespoir durant tant d’années.

Après ses études, Takanori s’installa à Tokyo en 1993, où il travailla pour l’entreprise de jeux vidéo SEGA, puis plus tard dans d’autres entreprises. Durant cette période, il était considéré comme un travailleur sérieux, toujours prêt à aider les autres employés. Aucune vague, aucun signal d’alerte. Une personne éduquée et respectable… mais pas avec tous. Certains le décrivent comme un peu plus tyrannique avec les salariés hiérarchiquement inférieurs à lui. Mais ce trait, pour être assez répandu dans la société japonaise, ne constitue pas en soi un signal d’alarme.

C’est dans l’intimité et en ligne que l’individu était plus problématique. Dans les années 2000, il aurait tenu un blog dans lequel il parlait de ses paraphilies. Et bien entendu, au Japon, il n’est jamais impossible de trouver un hentai qui représente une paraphilie, même les plus « exotiques », voire illégales sous d’autres latitudes. L’individu possédait une collection de matériel pornographique assez conséquente. Des tensions sexuelles renforcées par le faible engagement des adultes japonais dans des relations durables, ou simplement sexuelles régulières.

Retour au mois d’avril 2008. Les journalistes s’amassent devant le bâtiment où s’est produite la surprenante disparition de Rurika Tojo. Devant l’édifice, quelques journalistes interviewent Takanori. Mais quelque chose ne tourne pas rond : l’individu a le regard fuyant, un comportement particulièrement dérangeant. Il rit, probablement nerveusement, aux questions des journalistes. Il ne semble pas saisir la mesure de ce qui est en train de se produire dans le bâtiment.

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Intrigués par ce comportement pour le moins suspect, les journalistes lui demandent s’il trouvait la jeune femme attirante. Takanori répond, visiblement gêné, que « oui, probablement ». Il déclara même « être probablement un suspect à l’heure actuelle. » Il n’en fallait pas moins pour que tous les regards se tournent vers l’individu.

« Je voulais une esclave sexuelle »

Les enquêteurs, au même moment, perquisitionnaient le logement de l’individu. À l’intérieur, il y avait une montagne de cartons contenant tous des objets divers et variés. Takanori n’ayant emménagé dans l’immeuble que depuis seulement un mois, rien d’alarmant à ce stade pour les enquêteurs.

Ceux-ci procédèrent à une fouille minutieuse de quelques cartons, mais commirent une erreur qui retarda la résolution de l’affaire. Devant la lourde tâche d’inspecter tous les cartons, ils décidèrent de ne pas poursuivre les investigations dans le logement.

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Les policiers voulurent prendre ses empreintes, mais un détail encore plus suspect coupa court à toute tentative de comparaison avec celles retrouvées chez la victime. Takanori avait les doigts abîmés, la peau mutilée, empêchant les enquêteurs d’obtenir ses empreintes.

Cependant, un mois plus tard, l’individu fut cueilli par la police qui put finalement collecter ses empreintes. Les policiers avaient simplement attendu que ses doigts cicatrisent… Une stratégie qui porta ses fruits : les empreintes correspondaient à celles, partielles, retrouvées sur les lieux de la disparition de Rurika Tojo. Takanori fut alors interpellé et placé en garde à vue.

L’arrestation conduisit à une perquisition, cette fois bien plus minutieuse. Les enquêteurs trouvèrent du sang qui, bien que nettoyé, correspondait à l’ADN de Rurika Tojo, mais aussi sa carte d’identité.

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Pendant ce temps-là, au poste de police, l’individu confessait son crime dans les plus infimes détails. Nous allons tenter de vous décrire les faits, tout en vous avertissant d’un détail important : il existe plusieurs chronologies et discordances dans les sources. Nous en resterons à la version semblant être la plus plausible.

Le 18 avril 2008, à 18h. Un vendredi soir, pour être plus précis. Rurika Tojo rentrait chez elle quand, soudainement, Takanori l’agressa en tentant de la tirer de force en direction de son appartement. La jeune femme opposa une résistance farouche. Mais déterminé à la kidnapper, Takanori lui aurait asséné un coup à la tête, infligeant une blessure sanglante à sa victime.

Sonnée et sous le choc, la jeune femme fut alors traînée dans l’appartement de son voisin. Son plan était particulièrement inquiétant : il aurait eu l’intention de violer sa victime durant tout un week-end, dans l’espoir qu’elle tombe amoureuse de lui… et devienne son esclave sexuelle.

Bien entendu, un plan aussi tordu ne pouvait pas donner le résultat escompté. Il attacha et bâillonna sa victime, puis voulut la violer. Mais bien décidée à ne pas se laisser faire, Rurika opposa une farouche résistance. Heureusement, le criminel ne parvint pas à l’agresser sexuellement et partit se réfugier dans une autre pièce pour tenter de se calmer et de retrouver une érection…

Soudain, quelqu’un frappa à la porte. Deux agents de police se seraient présentés à sa porte afin de l’interroger à propos de la disparition de la jeune femme, qui venait d’être signalée par la sœur de la victime. À cet instant, Rurika se trouvait bâillonnée et ligotée dans la salle de bain. Takanori fit le moins de bruit possible afin de ne pas trahir sa présence. Les policiers n’insistèrent pas et s’en allèrent rapidement.

Afin de ne pas pouvoir être identifié par ses empreintes, l’individu plongea ses doigts dans un produit abrasif. C’est alors qu’une idée sordide lui traversa l’esprit : il fallait se débarrasser discrètement et rapidement de la victime. C’est à cet instant que cette affaire, déjà particulièrement atroce, prit un virage morbide.

Inutile de rentrer dans des détails graphiques pour faire du sensationnel. En résumé, il poignarda sa victime et la découpa en morceaux. Vous vous souvenez que les policiers avaient fouillé quelques cartons lors de la perquisition survenue plus tard avant d’abandonner ? Eh bien, les restes de la victime étaient cachés dans des cartons se situant tout en dessous et au fond de la pile. Son idée était que les enquêteurs se lasseraient avant d’atteindre le fond. Malheureusement, il eut raison. Et c’est ainsi que les enquêteurs sont passés à côté de ce qui aurait pu être une résolution rapide de cette affaire de disparition.

Tokyo, arrondissement de Kōtō. Par tokyoform, flickr CC

Il disposa d’un mois pour se débarrasser du corps, qu’il jeta progressivement dans des poubelles ou dans les égouts. Jusqu’au jour où les enquêteurs purent prendre ses empreintes, qui s’étaient alors reconstituées, et perquisitionner son appartement au luminol. Les confessions de l’assassin permirent aux autorités de retrouver quelques fragments du corps de la victime, qui ne put malheureusement pas être entièrement reconstitué.

Le procès d’un homme dérangé

Le procès débuta le 13 janvier 2009 à Tokyo. Takanori plaida directement coupable. De toute évidence, il aurait été absurde de plaider la non-culpabilité devant autant de preuves accablantes trouvées sur les lieux du crime… Mais l’opinion publique n’était pas prête à entendre les motivations du crime.

Le procureur enchaîna les questions sur les motivations ayant conduit Takanori à un acte aussi atroce. Sans sourciller, l’homme aurait expliqué avoir voulu rendre une femme amoureuse de lui en la violant pendant un week-end entier. Il pensait qu’il pourrait en quelque sorte créer une sorte de syndrome de Stockholm chez sa victime. Il aurait déclaré ne pas avoir pensé plus loin que ça. Que le meurtre ne faisait absolument pas partie du plan initial, mais qu’il fut le résultat de l’échec de sa tentative de se créer une esclave sexuelle docile, et de la peur d’être découvert.

À la question du procureur lui demandant pourquoi il avait décidé de s’attaquer à Rurika Tojo en particulier, le criminel aurait répondu qu’elle était la plus proche de son domicile, et que c’était la victime idéale pour cette unique raison. Son deuxième critère étant que sa victime ne soit ni trop « vieille » ni trop « grosse ». Rien de plus, rien de moins…

Les avocats de la famille de Rurika Tojo pointèrent un fait particulièrement perturbant : Takanori ne commença à montrer des signes de remords qu’après avoir été acculé au pied du mur. Très clairement, celui-ci n’éprouvait probablement pas de regrets sincères concernant son crime.

Takanori Hoshijima demanda lui-même au juge de le condamner à la peine de mort. Une peine de mort qui lui sera refusée, le juge lui préférant une peine de prison à perpétuité, offrant au criminel une possibilité de sortir un jour libre. C’est le verdict qui fut énoncé le 18 février 2009 par le magistrat. Le procureur fit appel de la décision, demandant à ce que cette peine soit changée en une condamnation à mort. Selon lui, il était impensable de laisser ne serait-ce qu’une infime chance à l’assassin de Rurika Tojo de pouvoir être libéré.

L’appel sera rejeté le 10 septembre 2009, et la réclusion à vie contre Takanori Hoshijima sera actée. À ce jour, ce sinistre individu purge sa peine derrière les barreaux d’une prison nippone… et il y restera probablement jusqu’à son ultime soupir.

Gilles CHEMIN

Sources :

-Police find human bone in sewage drain in Tokyo after murderer’s confession ; japantoday 29/05/2008

-Man who killed, dismembered neighbor doesn’t get his death penalty wish ; japantoday 12/06/2009

-Une jeune employée de bureau est rentrée chez elle et n’en est jamais sortie ; reddit 

-The Gruesome Murder and Dismemberment of Rika Tojo ; medium 24/08/21

-‘Demon’ who chopped up woman gets life ; IOL

-JAPONÊS queria transformar A VIZINHA EM « ESCRAVA S3XUAL »: « EU ACHEI QUE ELA IA GOSTAR… » ; youtube