« Bonsai Warrior » nous invite dans le quotidien d’un jeune maître du bonsaï. Un voyage admirable et vivifiant d’un pan fascinant de la culture japonaise.
Bonsai Warrior est un documentaire de UMEZAKI Yo.
Nous y suivons HIRAO Masashi, le dernier apprenti du maître bonsaï KATO Saburo, premier homme à avoir fait découvrir au monde entier la beauté du bonsaï. Après le décès de son maître, Masashi, se sentant étouffé par la culture conservatrice du secteur local du bonsaï, décide de partir à l’étranger pour présenter ses performances rapides et élégantes dans le domaine du bonsaï. Le reportage suit le jeune homme pendant quatre mois à travers 11 pays, capturant ses rencontres en cours de route et les défis auxquels il est confronté à son retour au Japon.
Bouture réussie
Pour commencer, rendons à Confucius ce qui appartient à Confucius. C’est en effet bien de Chine qu’est importé au Japon l’art du bonsaï. Appelé alors « penjing » sous la dynastie Qin (220 – 581), il fait le voyage en terre nippone vers l’an 700. Pourtant, aujourd’hui, difficile de dissocier cette pratique de l’archipel. Il faut dire que, dans ce pays, on y excelle.

Il consiste à miniaturiser un arbre sans en perdre la force esthétique qu’il aurait dans la nature. Pour cela, différentes techniques sont appliquées. De la taille des branches et des racines au modelage par ligature (Harigane-kake), tout est bon pour garder la majesté de ces miracles miniatures. Au nom de l’harmonie.
Des racines et du zèle
Bonsai Warrior nous amène à la rencontre d’un homme qui ne fait plus qu’un avec ses œuvres. On associe habituellement ce genre de phrase à des maîtres âgés que l’on imagine expérimentés et le visage affublé d’une barbe blanche (Oui, monsieur Miyazaki, c’est à vous que l’on pense). Ici, étonnement, il n’en est rien. Nous parlons bien d’un trentenaire qui s’est passionné pour cet art depuis tout jeune. Et pour la barbe blanche, on repassera !

Musashi est en effet plutôt « rock’n’roll ». Entendez par là qu’il fait très attention à son style, sa coiffure et met tout en place pour faire découvrir la pratique au plus grand nombre. Alors il bouscule les traditions et fait de ses performances un spectacle hypnotique. Pourtant, sa ligne de conduite reste avant tout, comme il le confie lui-même, de « protéger les arbres ».
Sous le feu des projecteurs, le Japonais n’en fait ainsi pas moins n’importe quoi et ses œuvres sont magnifiques. De son regard aiguisé, il dessine dans les pots de fleurs des univers miniatures forts. Des paysages d’une grande beauté impossible à atteindre pour le commun des mortels. Il faut dire qu’il a de qui tenir.
Un maître de taille
Musashi est en effet arrivé très jeune au Mansei-en (à Omiya) pour y suivre une formation. Ce jardin a été fondé au milieu du 19ème siècle par la famille KATO. C’est un des plus réputés du Japon et on y trouve encore aujourd’hui une collection de bonsaïs incroyables. Vous pouvez y découvrir par exemple un arbre vieux de plus de 1000 ans. L’établissement est donc une référence en la matière. Ses portes ne sont donc pas ouvertes au premier venu.

C’est pourtant là que frappera le Japonais en 2003, armé de sa soif d’apprendre et de sa passion. Il y reçoit l’enseignement de KATO Saburo, une sommité dans son domaine qui a fait beaucoup pour démocratiser la culture du bonsaï dans le monde. Trouva-t-il à son apprenti doué ? Le fait qu’il lui ait, de son vivant, légué sa propre paire de ciseaux dorée répond assez clairement à la question. Marchant dans les pas de son maître, l’apprenti a depuis fait sienne sa mission.
Bonsai Warrior : un voyage pour soutenir sa branche

Le reportage suit en effet notre nouveau roi lors d’un long périple à travers le monde. Et comme toujours chez les Japonais, pas question ici de vouloir en proposer des prestations de moindre valeur.
Nous voyons ainsi notre valeureux Musashi tout donner, où qu’il soit et quelle que soit l’événement auquel il participe. Cela nous vaut d’ailleurs une séquence bien déprimante alors qu’il taille un bonsaï dans l’indifférence générale lors d’un salon français.

Heureusement, cette déconvenue irrespectueuse est la seule de son trip. Partout ailleurs, de l’amour et de la bienveillance. Et surtout de l’admiration pour l’homme comme pour la culture japonaise qu’il défend. Le nouveau maître aux lames d’or clarifie ainsi ses ambitions avec sincérité et détermination : « Transmettre la passion, peu importe la nationalité. ». Ce qu’il continue de faire à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, 11 ans après le tournage de ces images.
Bonsai Warrior est un documentaire magnifique sur un artiste habité et passionné. Il nous rappelle combien le respect de la nature s’inscrit avec amour dans le cœur des Japonais. Et ce, dans quoi qu’ils fassent.

Le reportage est à retrouver en streaming gratuit et en vostfr sur le site du Japan Film Festival jusqu’au 2 septembre.
-Stéphane Hubert



















































