Relecture de l’œuvre de Makoto Shinkai, « 5 centimètres par seconde » en magnifie la beauté et la mélancolie. Un long-métrage magnifique qui touche directement au cœur.
5 centimètres par seconde est un film de Yoshiyuki Okuyama, écrit par Ayako Suzuki. Il est inspiré du long-métrage d’animation du même nom de Makoto Shinkai.
L’histoire se déroule en 2008. Takaki (Hokuto Matsumura), jeune informaticien bientôt trentenaire, vit une existence banale et monotone à Tokyo. Parfois, lui reviennent les bribes d’un temps où il était différent, enjoué, passionné par l’espace, curieux de la vie et des autres. Il se souvient notamment de l’année 1991 et de sa rencontre à l’école avec celle qui devient très vite son alter ego, Akari (Mitsuki Takahata). La vie les éloigne mais malgré la séparation et les années, malgré les occasions ratées, un lien invisible les unit.
Les instants d’innocence

5 centimètres par seconde nous propose de très beaux moments du passé commun de Takaki et Akari enfants. Pleins de poésie, les deux se rencontrent alors que la vie autour n’est pas des plus simples. C’est cette innocence toute espiègle qui donne à ces scènes un charme touchant. Nous les suivons ainsi, tour à tour souriants, complices, soucieux, s’apercevant petit à petit que leur amitié se transforme en autre chose.
Yoshiyuki Okuyama filme souvent ces instants avec un filtre évanescent, leur insufflant un côté presque fantasmatique. Comme s’ils étaient trop beaux pour être vrais. Trop parfaits. Est-ce justement cette perfection qui a marqué trop profondément Takaki ? Celle qu’il recherche dans sa vie d’adulte mais qui ne peut plus exister ?
Lui, ce qu’il souhaite surtout, c’est tenir parole.
La promesse est dite

Le long-métrage nous montre en effet un personnage qui subit son passé comme une cage. Car Takaki et Akari se sont fait la promesse de se retrouver à une date précise. Et dans la tête du jeune homme, cette journée à venir n’est plus que la seule qui compte.
Tout le reste n’a plus de poids car ce sera probablement l’apothéose de son existence. Comment trouver de la saveur à sa vie quand un seul objectif nous emprisonne l’esprit ? Comme si des œillères nous empêchaient de voir les bifurcations possibles que le destin dépose pourtant sur notre route.

5 centimètres par seconde nous invite à aller de l’avant. À accepter que le bonheur d’antan ne sera jamais un obstacle au bonheur futur. À cesser les « Et si… » qui nous bloquent parfois. Avec beaucoup de délicatesse et de métaphores, la mise en scène sait souligner les sentiments de ses personnages. Les silences, les souffles, les regards perdus vers le ciel, d’autres contemplant les fleurs de cerisiers qui virevoltent au gré du vent… L’introspection poétique est partout.
Assez pour faire oublier d’où vient le film ?
5 centimètres par seconde : comment survivre au fardeau de l’héritage ?

Au départ, 5 centimètres par seconde est un moyen-métrage de Makoto Shinkai sorti en 2007. Le futur réalisateur de Your Name et Suzume y montraient alors toutes les qualités émotionnelles qui feront justement le succès de ces deux films.
Devenu culte avec le temps, pourquoi en faire une version en prises de vue réelles ? Est-ce que les fans de l’animé ne vont pas s’insurger face à son pendant 2025 ? La réponse est non !

Pourquoi ? Parce que même si elle s’en inspire, ce n’est tout simplement plus la même œuvre au final. Déjà par sa durée qui passe de 1h à 2h ! Étoffé, le scénario signé Ayako Suzuki va ainsi plus loin que l’œuvre de jeunesse de Shinkai dans les liens entre les personnages. La Japonaise a donné plus de consistance à certains, comme à la professeure jouée par la solaire Aoi Miyazaki (déjà éblouissante dans Les Petits pouvoirs de Bunta sur Netflix). Elle en a également créé de nouveaux.
Quant à la réalisation de Yoshiyuki Okuyama, tout en restant parfois fidèle au plan près à celle de son grand frère, elle sait aussi se démarquer quand on lui redonne sa liberté. Esthétique et inspirée, elle nous berce en effet entre élans nostalgiques et brises réconfortantes. Dernier clin d’œil (ou d’oreille) au film d’animation sorti il y a presque 20 ans, la réutilisation bouleversante de la chanson One more time, One more chance de Masayoshi Yamazaki.
5 centimètres par seconde est une œuvre mélancolique, poétique et pleine d’espoir. Un très beau moment de cinéma qui marquera le cœur des spectateurs de son empreinte bien longtemps après l’apparition du mot « FIN ».

Distribué par Eurozoom, le film est à découvrir au cinéma en France dès le 25 février.
– Stéphane Hubert


















































