Emblème vestimentaire du Japon, le hakama est encore de nos jours porté dans les arts martiaux, les cérémonies et réinterprété par la mode. Véritable symbole de l’esthétique japonaise, il continue de fasciner par sa force culturelle et stylistique.

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Le hakama (袴) est l’un des vêtements les plus emblématiques du vestiaire japonais traditionnel. À la fois pièce fonctionnelle, marqueur social et support symbolique, il traverse l’histoire du Japon depuis plus d’un millénaire.

« Belles femmes d’aujourd’hui », estampe de Yōshū Chikanobu (1890). Source : Wikimedia Commons

Porté autrefois par les élites guerrières et aristocratiques, il demeure aujourd’hui visible dans les arts martiaux, les cérémonies et, plus rarement, dans certains contextes officiels spécifiques. Néanmoins, on le retrouve également adapté comme pièce esthétique de mode, retravaillée au goût du jour.

Des palais impériaux aux armures des samouraïs

Son origine remonte à plusieurs siècles. Ce pantalon ample, constitué de quatre longues lanières (himo), qui recouvre le bas du corps jusqu’aux chevilles, est d’abord adopté à la cour impériale chinoise des Tang (618-907), porté par l’aristocratie masculine comme vecteur de prestige social, avant d’être importé au Japon à la fin de l’époque Nara ou début l’époque Heian (794-1185), où il conserve cette fonction symbolique et reste un vêtement de prestige social.

Illustration de l’ouvrage Home Life in Tokyo by Jukichi Inouye, p.91 publié en 1910. Source : Wikimedia Commons

Durant cette période, le hakama devient ainsi un élément structurant du costume de cour, associé aux hiérarchies vestimentaires codifiées et règlementées de la cour de l’Empereur. Souvent porté par-dessus le kimono (hakama-shita), cette grande jupe s’intègre notamment au sokutai (束帯), grand costume cérémoniel. On parle alors de andon bakama (non fendu) où le hakama s’apparente davantage à une longue jupe fermée.

À partir de l’époque Edo, le hakama est fortement associé à la classe des samouraïs et devient un élément guerrier à part entière. Généralement porté selon une forme fendue (umanori) qui sépare les deux jambes, il représente un atout pratique pour les mouvements et notamment pour la monte à cheval. Son port, réalisé à l’aide de longues lanières en tissu appelées tasuki (襷), structure la silhouette guerrière et permet des mouvements amples au combat.

Image : Photographie d’un Samouraï à la fin de l’époque Edo, vers 1860 attribuée au photographe Félice Béato, conservée à la National Gallery of Victoria à Melbourne. Source : Wikimedia Commons

De nos jours

Au fil du temps, le hakama s’est vu réservé aux pratiques martiales, à des contextes religieux, ou à des événements formels marquant des étapes de la vie, comme les mariages ou les cérémonies de remise de diplômes.

Démonstration d’un kata d’aïkido par le sensei Watahiki, 7e dan, lors de la 51e édition du All Japan Aikido Demonstration en 2013. Source : Wikimedia Commons

Dans des disciplines comme l’aïkido, le kendo ou le kyudo, le hakama constitue encore une tenue réglementaire, souvent associée à un certain niveau dans la pratique (fréquemment à partir du premier dan).

On observe également que le hakama peut être porté par les prêtres shintō lors des rituels dans les sanctuaires et qu’il reste un élément central des tenues des miko (巫女), qui se distinguent notamment par la couleur rouge de leur hakama . Il est aussi présent dans les mariages traditionnels japonais et demeure un vêtement emblématique porté par les étudiantes lors du sotsugyōshiki (卒業式), la cérémonie de remise des diplômes.

Sotsugyōshiki en 2015. Source : Pember_ , flickr CC

À partir de la fin du XXe siècle, la mode a réinvesti le hakama en l’extrayant de son strict cadre cérémoniel ou martial pour en faire un usage pleinement esthétique. Des créateurs japonais tels que Yohji Yamamoto (Wool gabardine par Yohji Yamamoto) ou Issey Miyake (Hakama trousers) ont ainsi repris sa coupe ample, sa taille haute et son jeu de plis afin de proposer des pièces uniques de luxe, minimalistes et épurées, jouant avec les frontières entre vêtement traditionnel et création contemporaine.

À une échelle plus accessible, de grandes marques comme UNIQLO ou MUJI n’hésitent pas non plus à s’inspirer de ce vêtement singulier pour créer des pièces contemporaines reprenant ses principales caractéristiques.

« Pantalon 7/8ème incurvé en coton » (ID :479699). Source : uniqlo.com

De ce fait, en Occident, cette réappropriation a nourri une esthétique minimaliste et déstructurée, particulièrement en vogue, souvent associée au style vestimentaire japonais. Le hakama s’intègre ainsi parfaitement dans la mode du oversized dans un registre plus décontracté et moderne.

Cette réappropriation montre comment un habit traditionnel, riche d’une longue histoire, peut continuer à porter du sens tout en devenant une source d’inspiration d’un style contemporain.

-Paul Minvielle

Sources bibliographiques 

The Book of Kimono de Norio Yamanaka, qui offre une lecture temporelle des vêtements traditionnels japonais
The Social Life of Kimono: Japanese Fashion Past and Present de Sheila Cliffe, qui explore l’usage du Kimono, et plus rarement les vêtements traditionnels, à travers la société japonaise
Japanese Costume and the Makers of Its Elegant Tradition de Helen Benton, qui offre une chronologie illustrée du costume japonais traditionnel, incluant des pièces comme le hakama.

Image d’en-tête : Festival Tōshiya de kyūdō au temple Sanjusangendo (Kyoto), par Christian Kaden, flickr CC