Oui, « Chao » est absurde, original et esthétiquement incroyable. Il est surtout très réussi. Une vague animée rafraichissante et chaleureuse à ne surtout pas manquer.
ChaO est un film de Yasuhiro Aoki.
L’histoire prend place dans un monde où humains et sirènes coexistent. Stephan, un employé de bureau ordinaire fait la rencontre de Chao, une princesse du royaume des sirènes. Après une demande en mariage à son insu, Stephan n’a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive et doit partager sa vie avec cette fille adorable mais imprévisible.
L’amour sincère que Chao a pour lui le pousse à tout remettre en question. Commence alors une romance inattendue et touchante entre deux êtres que tout oppose.
Lumineux héros de la mer
Avant toute chose, ChaO est une belle histoire d’amour, certes pas comme les autres, s’inspirant librement de La Petite sirène, le conte d’Andersen.
Nous suivons donc deux personnages qui vont apprendre à se connaître, eux et les mondes bien différents d’où ils viennent. D’un côté, Stephan, humain, discret, calme et à la confiance en lui en berne. De l’autre, Chao, sirène, tempête colorée maladroite, exubérante, volontaire.

Suivre les déboires et péripéties de ce duo aussi dépareillé qu’attachant est un véritable régal. Leur relation évolue au gré de leurs efforts pour se comprendre et s’accepter comme ils sont.
Habités par leurs rêves et leurs fêlures, arriveront-ils à avancer main dans la nageoire dans la vie ? Le scénario du film nous invite à les suivre, et ce, dans un monde absolument incroyable et imprévisible.
Chao : délires en stock
Chao est en effet un concentré de créativité, autant dans son scénario que sa mise en scène ou son design. Son histoire mélange bien des styles et il est difficile de prévoir quoi que ce soit. Chaque scène peut ainsi partir en une seconde dans un délire sans limite difficile à voir venir.
Les lois de la gravité semblent sans cesse remises en question, l’élément « eau » est partout, les inventions déboulonnent le réel, la morphologie des personnages n’est jamais la même sans que l’univers n’en perde en cohérence… Que de trouvailles et une véritable prouesse narrative !

Yasuhiro Aoki – dont c’est pourtant le premier film – ne s’interdit rien. Surtout pas les délires de mise en scène et les hommages au cinéma et aux arts. Deux personnages se rencontrent ? Ils partent tout à coup dans une chorégraphie de combat. Des verres sont remplis au milieu de coups de pieds et de saluts virevoltant. Et tout ça finit dans un vol d’hirondelle en hommage à John Woo. Un personnage descend un escalier sans fin de Penrose…
On va de surprise en surprise, nous laissant bercer par une vague d’une beauté qui laisse souvent sans voix.
Symphonie visuelle sublime
Chao est fou, vous l’avez déjà bien compris. Et pour couronner le tout, le long-métrage se pare d’une aura esthétique d’un éclat qui n’a pas fini de nous fasciner. Chaque environnement fourmille de détails. La palette de couleurs subjugue et le spectateur a l’impression de voir des tableaux peints à la main.
L’animation est elle aussi splendide dans un style, là aussi, assez disparate. On a l’impression que chaque personnage possède sa propre façon de se mouvoir et d’évoluer dans ce monde d’une richesse incroyable. Et si le long-métrage est aussi beau, c’est que la production a nécessité plus de 100 000 animations dessinées à la main sur papier et au crayon ! Un pari fou mais qui est inscrit dans l’ADN exigeant du Studio4C°, déjà derrière, entre autres, Mind Game, Amer Bêton ou Les Enfants de la mer.
La société signe ainsi un nouveau chef-d’œuvre visuel après les récents De l’autre côté du ciel et La Chance sourit toujours à madame Nikuko. Et même s’il est fou et délirant, le dernier né n‘en oublie pas de nous glisser quelques messages de prévention et de solidarité.
Coexister pour survivre
Si l’histoire d’amour entre Stephan et Chao est aussi forte, c’est que les deux tourtereaux viennent de deux mondes bien opposés. Les créatures de la mer peuvent-elles cohabiter avec les humains ? Il y a bien sûr ici un message d’ouverture, invitant les personnes de tous les horizons à accepter les différences qui font la richesse de notre monde, qu’elles soient physiques, culturelles ou autres.

ChaO est également une fable écologique qui rappelle combien la mer et les poissons sont importants pour l’équilibre des Japonais. Le scénario nous parle d’un bateau dont l’hélice n’écrabouillerait pas les animaux marins. Un couple de pêcheurs prévient également sur les dangers de la surpêche. « Le futur est important pour toutes les créatures. » s’exclame le père de Stephan. Un constat simple mais qu’il est toujours important de rappeler. Encore plus en ce moment.
ChaO est une merveilleuse bouffée d’air frais. Bienveillant, solidaire, passionnant et d’une beauté esthétique à couper le souffle, le film de Yasuhiro Aoki est un coup d’essai en forme de coup de maître. Prix du jury du dernier festival d’Annecy, il est appelé à être vu et revu avec bonheur.

Distribué par Eurozoom, Chao est à retrouver au cinéma en France dès le 13 mai.
– Stéphane Hubert




















































