En 2020 le scénariste Tatsuya Matsuki était interpellé pour attouchement sur mineurs. La publication de son manga Act-Age est alors immédiatement stoppée par la maison d’édition Shueisha. Dès 2022, et ce malgré sa condamnation, l’auteur revient pourtant sur la plateforme de Shogakugan avec une nouvelle série sous pseudonyme. Cet événement, loin d’être un cas isolé, révèle une banalisation de l’accès aux contenus pédopornographiques et des actes criminels ciblant des mineurs. Il est intéressant de se pencher sur le phénomène lolicon dans la pop culture, qui a notamment servi de catalyseur à cette banalisation, ainsi que la faible réponse du gouvernement japonais tant il constitue désormais un élément de soft power puissant.  

Des « jolies jeunes filles » (bishôjo) aux magazines pornographiques : l’émergence et l’évolution du lolicon

A l’origine du terme lolicon, on trouve le roman Lolita, de l’auteur américain Vladimir Nabokov paru en 1955. Le livre décrit la relation entre un homme de 37 ans et une jeune fille de 12 ans.

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La jeune fille n’y est jamais présentée comme une victime, mais plutôt comme responsable du désir provoqué chez l’adulte. Suivra en 1967 The Lolita Complex de l’auteur Russel Trainer, qui vient consacrer ce terme servant à désigner les hommes adultes attirés par les jeunes filles, et sa contraction maintenant célèbre « lolicon » (ou rorikon).

Une édition de 1999 de Lolita illustrée par Hugo Heikenwaelder. Source : Wikimedia Commons

Dans son article Just Looking: Tantalization, Lolicon, and Virtual Girls (1), Shari Savage démontre bien comment les hommes à travers le regard masculin et la diffusion d’une « culture lolicon » sont parvenus à subvertir et sexualiser une mode vestimentaire symbolisant un style de vie contestataire, pratiqué par les « lolitas ».

Ces dernières avaient délibérément choisi une esthétique enfantine en réaction aux attentes croissantes de la société envers leur rôle de femme indépendantes et d’épouses, au tournant de la vague féministe des années 1960-70. A cette époque, le terme lolita est encore anachronique et on se tournera plutôt vers son ancêtre : le natural kei, un courant vestimentaire qui s’inspire à la base d’un certain romantisme victorien (que l’on peut voir illustré dans un manga shôjo très à la mode à l’époque : La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda). Le natural kei se détachera petit à petit du romantisme victorien pour tendre vers l’image pastorale d’une vie simple en campagne poussée par le personnage Laura Ingalls dans La Petite Maison dans la Prairie.

Le look Natural kei

Une autre figure emblématique de ce mouvement, c’est le personnage d’Alice dans Alice au pays des Merveilles, dont le manga shôjo parodique de Shinji Wada : Dans un champ de choux, (1974) est répertorié comme la première utilisation au Japon de l’expression « Lolita complex ». Wada qualifiant Lewis Caroll de “strange character of liking only small children” (“étrange personne qui n’aime que les jeunes enfants”). Ce commentaire peut sembler troublant pour un magazine dont la cible principale était les jeunes filles (shôjo), mais pourrait être en réalité une sorte de meta commentaire de l’auteur directement adressé au lectorat masculin amateurs de shôjo manga.

Dans les années 1970, le shôjo est en plein boom mené par le « Groupe de l’an 24 » composées d’artistes telles que Yasuko Aoike, Moto Hagio, Riyoko Ikeda, Keiko Takemiya, etc. De nombreux hommes se retrouvent alors d’avantage dans les personnages mignons aux traits enfantins du shôjo, plutôt que dans les histoires dramatiques et les dessins réalistes du gekiga.

Dans l’article The Lolicon guy (2), Patrick W. Galbraith explique par exemple que les hommes amateurs de bishôjo (littéralement, « belle jeune fille ») comme, le pionnier du genre Azuma Hideo, aimaient se réunir au Cafe Garo pour discuter de leur passion pour Pipi (Triton d’Osamu Tezuka) ou bien Clara (Heidi, fille des Alpes de Isao Takahata).

Pour Galbraith, un premier point de bascule se situe au début des années 1980 avec le « lolicon boom » lorsque les anciens consommateurs de ces œuvres, deviennent à leur tour créateurs, et commencent par dessiner des doujinhshi (fanzine amateurs). En 1978, ARISU (Alice) aurait été le premier fanzine lolicon par Hirukogamu Ken, suivi par SHIGERU (Cybele) en 1979. Puis, la même année sort Le château de Cagliostro, et le personnage de Clarisse va lancer la mode des « Clarisse Magazine ».

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer comme bien qu’encore jeune du haut de ses 16 ans, Clarisse ne corresponde pas à l’image prépubère que l’on se fait aujourd’hui du terme moderne de « loli ». Car à ce moment-là « lolicon » possède encore son sens de l’époque : « Dans la littérature, le terme lolicon se réfère à une préférence pour des images en deux dimensions (manga, anime), plutôt que les choses réalistes. » (3) Il était alors proche du terme moderne de « moe » qui décrit cette attirance pour les personnages de fiction mais sans connotation sexuelle. « Les spectateurs du Château de Cagliostro se sentaient proche de Clarisse et voulaient la protéger. » (4)

Parmi les personnages populaires de l’époque on peut également citer, Lana de Conan fils du futur (1978), les filles de Panda Petit Panda (1972), Nausicaa du film éponyme et Lamu dans l’adaptation animée Urusei Yatsura (Mamoru Oshii 1981).

Dès 1985 toutefois, le terme commence à être associé avec la pornographie via la série d’OAV Lolita anime series produite par la Nikkatsu (société de production emblématique du cinéma érotique « pink eiga »).

Le terme achève de prendre sa connotation négative dans les années 1990, à la suite de l’affaire Miyazaki Tsutomu, un tueur en série arrêté pour le meurtre de quatre petites filles âgées de 4 à 7 ans et chez qui l’on retrouve une collection de plus de 5700 vidéos d’anime lolicon. Cette consommation démentielle d’images est devenue le catalyseur du débat national sur les « mangas nuisibles » (harmful manga).

Ce débat a trouvé une sorte de conclusion en 2014 lorsque le Japon a (enfin) promulgué une loi visant à condamner la détention et la consommation de pornographie infantile et a du même coup tranché sur la question entre le « virtuel » et le « réel » en excluant le lolicon de cette loi : « manga et anime, peu importe leur contenu, ne sauraient être catégorisés en tant que pornographie infantile. » (5)

Pour Galbraith, un second boom a lieu au début des années 2000 avec l’apparition du magazine érotique « Comic LO » (Lolita Only) publié par Akane Shinsha. Ce magazine publiait des dessins d’enfants sexuellement explicites. Certains auteurs se cachaient derrière le caractère « sans âge » de leurs dessins, alors que d’autres reconnaissent sans problèmes que leurs personnages étaient en primaire.

Représentation typée manga de jeunes filles en lingerie. Les illustrations lolicon associent souvent des caractéristiques enfantines à des sous-entendus érotiques. Source : Wikimedia Commons

On arrive alors progressivement à la définition moderne du terme : « Un mot-valise formé à partir des mots anglais « Lolita complex », désignant un genre de médias japonais (souvent des anime, des mangas ou des jeux vidéo) mettant en scène des personnages féminins jeunes (ou paraissant jeunes) dans des situations à connotation sexuelle. Ces personnages ont généralement l’apparence d’enfants prépubères, et peuvent représenter des filles aussi jeunes que des nourrissons. » (6)

« Weird Japan » au prix du « Cool Japan »

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le Japon est en mauvaise posture sur la scène internationale. Durant le procès de Tokyo entre 1946 et 1948, le pays est accusé de crimes de guerre, viols de masse, guerre bactériologique, torture, cannibalisme, et expériences sur les êtres humains. A cela s’ajoute l’occupation du pays par les États-Unis d’Amérique, l’adoption d’une nouvelle constitution, et le paiement de 23 milliards de dollars en guise de réparation à certains pays victimes de la politique expansionniste du Japon dans le Pacifique tel que l’Indonésie, les Philippines et la Chine.

Dans ce contexte, le choix d’investir le soft power semble alors évident, de sorte à pouvoir réintégrer la communauté internationale en se débarrassant de cette image guerrière au profit d’une image de paix et d’innocence. La figure emblématique de ce « re-branding » c’est bien sûr Hello Kitty de l’entreprise Sanrio, créé en 1976. Elle deviendra peu à peu le pilier de ce qui sera institutionnalisé en 2013 comme le programme « Cool Japan ». A travers le Cool Japan Fund, un fond public-privé doté de 50 à 60 milliards de yens sur 20 ans, chargé de faire rayonner la culture japonaise à l’international.

Hello Kitty, fer de lance du Cool Japan. Source : Wikimedia Commons

Ainsi dans les années 1970 à mesure que le genre shôjo (manga) gagnait en popularité, la shôjo (jeune fille) devenait le centre de l’attention et de la consommation capitaliste. Cette figure idéalisée de la jeune fille qui représente l’innocence et le côté mignon, s’est peu à peu rajeunie dans les publicités au fil du temps.

Mais étrangement, sans pouvoir remonter clairement aux origines de cette intrication, sexualité et culture kawaii deviennent très vite inextricablement liés : « C’est de cette façon que, les choses enfantines sont souvent vues comme « sexy » dans le Japon moderne. » (7) Azuma Hideo, un des premiers auteurs masculins de manga shôjo parle de la recherche d’un « érotisme mignon » (kawaii ero).

Au cœur de ce concept paradoxal on trouve Toshihiro Hirano (directeur de l’animation sur Super Dimension Fortress Macross en 1982), il réalise en 1985 une série d’OAV dénommée Iczer-One « il déploie tout son talent pour rendre aussi mignons qu’érotiques, avec leurs grands yeux, corps plantureux, mini jupes et habits près du corps. Izcer One déborde de sexualité mais en même temps ne contient aucune scène de sexe explicite, l’héroïne Nagisa est quant à elle représentée comme mignonne et innocente. » (8)

En parallèle de la popularité du genre des manga shôjo, les auteurs de shônen manga vont peu à peu intégrer ces codes de la jolie fille dans leurs mangas et ainsi faire infuser le phénomène lolicon vers un public masculin mainstream beaucoup plus large. On pense par exemple à des œuvres comme Stop ! Hibari-kun en 1981 par Hisashi Eguchi et Dragon Ball en 1984 par Akira Toriyama.

Le personnage de Bulma dans Dragon Ball reprend les codes de la lolicon. Photo de CC PDsur Unsplash

Au cours de cette décennie, on observe parallèlement un accroissement des magazines pornographiques utilisant des photos de jeunes filles au corps prépubères. Pour expliquer ce phénomène, Galbraith avance l’hypothèse de « l’obscenity law « (Article 175 par exemple) qui interdisait la diffusion d’image contenant des poils pubiens. L’imagerie véhiculée par ces clichés reste toutefois indubitablement liée à l’imaginaire de jeunes filles n’ayant pas encore atteint la puberté.

De la même manière, le chaku ero (habillage érotique) flirte adroitement avec le vide juridique laissé par la loi de 2014 sur l’interdiction de la pornographie infantile. Ce genre de production vidéo ne révélant pas explicitement les parties intimes mais se basant seulement sur des « tenues érotiques », elles ne pouvaient être condamnées au titre de cette loi. Dans le documentaire « Young sex for sale » de la BBC, quand un producteur de chaku ero est interrogé quant à l’âge moyen de ses actrices, il reconnait faire plus d’argent en filmant des sujets plus jeunes : « Il se rappelle que la plus jeune qui ait tournée dans un de ses films était âgé de 6 ans et portait un maillot de bain pendant qu’elle s’amusait avec des jouets dans un bain. Grâce à ce film le producteur a remporté 4 à 5 millions de yens, soit environ 4000 à 5000 dollars. »

Ce genre d’exemple permet en tout cas d’illustrer la diffusion d’une culture pédocriminelle à un niveau systémique, qui dépasse le domaine de la fiction (anime et manga) et se retrouve dans le « monde réel ». La critique Naito Chizuko parle de « ‘loliconized society,’ où le lolicon en est venu à représenter le désir sociétal dans un sens plus large. » Il convient de nuancer que la fascination envers la jeunesse et son instrumentalisation par la société consumériste n’est pas un phénomène limité au Japon (les concours de mini-miss aux USA, toute l’industrie de la publicité…). Mais le Japon reste l’un des rares pays où les jeunes filles sont si ouvertement sexualisées et l’accès et la consommation de contenu pédopornographique reste si développé.

Le département américain des droits humains (US Department of State’s human-rights) a, quant à lui, qualifié en 2017 le Japon de : « plateforme internationale pour la production et le trafic de pornographie infantile. » (9)

Source :  John Gillespie  /  Flickr

Car en effet, comme nous avons commencé à le voir, la sexualisation infantile dépasse les dessins pour atteindre des enfants bien réels. L’économiste Takashi Kadokura a estimé que le marché de la prostitution adolescente (aussi connue sous le nom de JK – Joshi Kôsei business 女子高生) représentait 54,7 millions de yens par an en 2007, soit environ 700 millions de dollars. En outre, les témoignages des victimes rapportent recevoir souvent des demandes de la part de clients pour acheter leur uniforme d’école, confirmant la fétichisation autour de la période du collège/lycée.

La prolifération du JK business reste un secret de polichinelle qui arrange bien l’État japonais, en nourrissant une économie informelle notamment très développée autour du quartier de Kabukichô. Tout en fournissant une alternative à la part croissante d’hommes qui se désintéressent des relations sentimentales au travers du phénomène no girlfriend.

Le business des idols est également révélateur de cette fétichisation à grande échelle et des sommes importantes qu’il génère et dont l’économie japonaise ne peut plus se passer. On apprend dans le documentaire « Tokyo Idols – Les pop girls du Japon » que dans cette industrie les filles ont beaucoup de mal à conserver une fanbase importante après 18 ans, utilisant même le terme de « date d’expiration ».

Le groupe AKB48 en concert lors de Japan Expo à Paris en 2009. Source : Wikimedia Commons

Les hommes préfèrent se complaire dans des relations para-sociales qui demandent moins d’investissement que les relations traditionnelles en se contentant de quelques rares marques d’affection au travers du rituel de la poignée de main en fin de concert. « Tout au long de l’histoire japonaise, les poignées de main ont été perçues comme un geste sexuel, étant donné que de nombreuses formes de contact étaient interdites. » explique l’analyste Masayoshi Sakai.

Virtuel VS Réel

Ainsi, la culture lolicon a infusé durablement dans la société, autant à travers des figures dessinées « virtuelles » avec les animes et mangas, que « réelles » avec le JK business et les idols. Mais un débat persiste au Japon sur le lien que pourraient avoir ces images virtuelles sur les enfants bien réels. On se retrouve alors dans une situation où les partisans du « oui » passent pour de dangereux liberticides alors que ceux du « non » pour les véritables esthètes qui ne plient pas devant la censure et la moraline !

Cet éternel affrontement a bénéficié d’un nouvel épisode en 2025 lorsque la rapporteuse spéciale de l’ONU, Petra Wendelin avait qualifié la culture lolicon japonaise de « form of child abuse in disguise. » (« forme d’abus sur enfant déguisée »). Le mangaka Ken Akamatsu, connu pour ses fortes positions anti-censure n’avait pas manqué de commenter l’affaire, qualifiant le discours de « colonialisme moral » et accusant les Nations Unies de ne pas comprendre les traditions japonaises relatives aux médias : « Bannir toutes représentations visuelles ouvre la porte à la disparition de toute ambiguïté artistique. »

Il faut toutefois rester prudent sur la censure aveugle, et le chercheur David Galbraith, toujours dans son article « The Lolicon Guy », alerte sur les excès de zèle. En 1999 une nouvelle loi sur le sujet de la pédopornographie (qui ne ciblait pourtant pas directement les mangas) avait conduit la chaîne de magasins Kinokuniya Books à envoyer un message à toutes ses boutiques leur demandant de retirer de leurs rayons toute œuvre jugée « suspicieuse ». Parmi ces dernières on trouvait par exemple Berserk de Kentaro Miura ou bien Vagabond de Takehiko Inoue. Deux œuvres seinen, dont la cible est clairement adulte, et dont les scènes de nudité explicites servent le propos de l’histoire et la caractérisation des personnages.

A noter que malgré le fait que la France ait tranché (en théorie) sur cette question, le débat à réémergé récemment avec le cas de l’auteur de BD Bastien Vives qui représentait des enfants dans des situations sexuellement explicites mais sous couvert de l’humour, et non dans une visée érotique  s’est défendu l’auteur. Le résultat est pourtant le même, alors peut-on tout dessiner ?

Pour la chercheuse Megan Sluzhevsky, il est assez clair que la pornographie virtuelle sert de catalyseur pour la « véritable » pornographie infantile, le tout accroissant la culture du viol. Elle rappelle à cette occasion que 15% de la population adulte mâle japonaise a déjà consommé de la pornographie infantile et que 10% en possède.

A l’opposé, on trouve Dan Kanemitsu pour qui « la pornographie ne normalise pas mais permet de créer une soupape (venting mechanism) pour ventiler les désirs des personnes aux penchants pédophiles. » De même Patrick Galbraith semble vouloir appliquer l’inverse du principe de précaution : « Il affirme que cela devrait rester légal tant que cela ne cause de tort à personne. » L’exemple de Manga Burriko semblait faire pencher la balance en faveur de ce raisonnement. Ce magazine de prépublication spécialisé dans les genres bishôjo et lolicon qui était habitué à publier des illustrations érotiques, avait tenté lors d’un numéro de les mélanger à des photographies et les lecteurs s’étaient alors plaint de trouver ces photos « psychologically upsetting » (psychologiquement perturbantes).

Pourtant, comme nous le prouve Sluzhevsky, il existe déjà plusieurs travaux en psychologie et criminologie qui semblent prouver le contraire : la consommation de contenus pédopornographiques (même fictifs) peut renforcer les pulsions et désinhiber les comportements (10). Ou encore des études montrent que la consommation de contenus pédopornographiques (réels ou fictifs) est souvent un précurseur du passage à l’acte (11).

Et de même Shari Savage expose dans son article (évoqué ante) qu‘il existe bien des recherches sur le sujet, démontrant que la consommation de contenu pédopornographique accroit le business de trafic d’enfants, et que parmi les criminels interpellés pour avoir téléchargé du contenu pédopornographique, 40% ont reconnu leurs penchants pour de véritables enfants. (12)

Elle termine notamment sa thèse en expliquant en quoi le monde entier est concerné face à ce phénomène qui pourrait sembler relever seulement de la loi et la société japonaise. Elle alerte alors sur un effet de contamination. Le soft power japonais est très puissant à présent, et la culture lolicon représentée par les anime/manga/idol est totalement globalisée, de sorte que si on ne trace pas dès maintenant le parallèle entre « virtual porno » et « real porno », la banalisation de la pédocriminalité pourrait aller grandissante dans l’espace public de sorte que « ceux qui pourraient s’y intéresser ne deviennent pas complaisants face aux crimes qui y sont liés. »

Photo de Shpëtim Ujkanisur Unsplash

Malgré sa connaissance évidente du sujet et les problématiques qu’il soulève, le gouvernement japonais fait très peu de choses pour limiter la banalisation des contenus pédocriminels. Pourtant, l’acceptation de plus en plus mainstream d’images « virtuelles » de pornographie infantile, normalise la sexualisation des mineurs. Des séries qui trônent tout en haut des classements de popularité comme Neon Genesis Evangelion, No Game No Life, Seven Deadly Sins, et Miss Kobayashi’s Dragon Maid, sont le reflet d’un certain laxisme vis-à-vis de la sexualisation des enfants dans la pop culture.

Cette indifférence ne s’explique pas seulement par des intérêts financiers, mais aussi par une déconnexion opérée entre le réel et le virtuel. Une question persiste : jusqu’où une société peut-elle sacrifier l’éthique au profit de la croissance et de son image ?

– Quentin Dumas

Notes

(1) Savage, S. L. (2015). Just Looking : Tantalization, Lolicon, and Virtual Girls. Visual Culture & Gender, 10, 37‑46.

(2) Galbraith, P. (2016). The Lolicon Guy:’ Some Observations on Researching Unpopular Topics in Japan. 

(3) Akagi Akira (1993) Bisbojo shokogun: Rorikon to iu yokubo » , New Feminism Review 3: 230-234.

(4) Crawford, Rose. 2020. The Castle of Doom and the Lolicon Boom, The Gonzo Brigadoon (blog). 3 May 2020.

(5) Galbraith, P. (2016). ‘The Lolicon Guy:’ Some Observations on Researching Unpopular Topics in Japan.

(6) Sluzhevsky, Megan, The Costs of Lolicon: Japan’s Pedophilia Trade (2022). Senior Theses. 96.

(7) Sluzhevsky, Megan, The Costs of Lolicon: Japan’s Pedophilia Trade (2022).

(8) Watzky, Matteo, From lolicon to moe: the adventures of the bishoujo, 2021, Full Frontal.moe

(9) Sluzhevsky, Megan, The Costs of Lolicon: Japan’s Pedophilia Trade (2022).

(10) Seto, M. C., Cantor, J. M., & Blanchard, R. (2006). Child pornography offenses are a valid diagnostic indicator of pedophilia. Journal Of Abnormal Psychology, 115(3), 610‑615.

(11) Bourke, M. L., & Hernandez, A. E. (2009). The ‘Butner Study’ redux: A report of the incidence of hands-on child victimization by child pornography offenders. Journal of Family Violence, 24(3), 183–191.

(12) Office for Victims of Crime, Department of Justice of the USA government. National Strategy for Child Exploitation Prevention and Interdiction: A report to Congress (2010).


Photo de couverture : film Love on Trial (2025)