Quand le hasard rassemble les âmes blessées, elles se soutiennent. « Jusqu’à l’aube » nous le rappelle de sa délicieuse chaleur.

Jusqu’à l’aube est un film de Shô Miyake, adapté d’un roman de Maiko Seo.

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Nous y suivons Misa et Takatoshi qui ne se connaissent pas encore lorsqu’ils rejoignent une petite entreprise japonaise d’astronomie. En quête d’un nouvel équilibre, ils ont délaissé une carrière toute tracée : elle, en raison d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; lui, à cause de crises de panique aiguës. Peu à peu, ils apprennent à travailler autrement, se rapprochent, s’apprivoisent… et découvrent qu’une présence suffit parfois à éclairer la nuit.

Cacher ses faiblesses

Dans Jusqu’à l’aube, Misa souffre ainsi du syndrome prémenstruel. Dans ces moments de souffrance, la jeune femme ne parvient alors plus à contrôler ses émotions. Elle a des sautes d’humeur et devient tout à coup irascible. Mais loin d’elle l’idée de confier aux responsables de l’entreprise dans laquelle elle travaille qu’elle est malade.

Dans la société japonaise, Il faut garder caché tout ce qui pourrait être pris comme une faiblesse. Et quand une erreur est faite à cause d’une pilule aux effets somnolents un peu trop forts, mieux vaut disparaître que revenir et faire face à la honte. Ainsi fonctionne le monde du travail sur l’archipel.

Heureusement ce n’est pas une généralité, comme Misa va s’en rendre compte en trouvant refuge ailleurs et, surtout, auprès des bonnes personnes.

À sa place

Le film commence dans le combat, nous présentant Misa qui n’arrive pas à accepter celle qu’elle est. Surtout, elle se sent seule, comme un poids pour les autres alors qu’elle ne souhaite que son autonomie.

Le réalisateur l’entoure alors de personnages qui, eux aussi, ont des combats à mener. Takatoshi souffre lui de crises de panique. Il ne peut plus prendre le train sans sentir l’angoisse monter en lui. Leur patron, Kurita, doit lui surmonter un deuil pourtant survenu plusieurs décennies de cela. Tsujimoto, l’ancien supérieur de Takatoshi, doit faire pareil avec le décès de sa sœur.

Jusqu’à l’aube, par touches sensibles, réconforte par la solidarité ambiante qui émane de nombreuses, simples et belles séquences. Dans ce microcosme de quelques rues, il y a toujours une épaule pour s’y reposer quand l’explosion est proche.

Alors les jours passent et les âmes avancent.

Jusqu’à l’aube : pour croire en demain ?

Le réalisateur a procédé à un gros changement scénaristique par rapport au roman qu’il adapte. Dans ce dernier, l’histoire se déroule en effet dans une société de métallurgie.

Dans le film pourtant, ce sont dans les locaux d’une entreprise qui vend des produits scientifiques pour enfant, notamment en rapport avec l’astronomie. Une évolution de l’histoire qui apporte vraiment un plus métaphorique dans son propos.

On parle de la nuit et du matin et comment chacun représente finalement d’espoir d’un autre jour. Il y a donc une complémentarité entre les moments les plus sombres et ceux qui sont baignés de lumière. Tant que la Terre tourne, les jours se suivront et aucun ne se ressemblera.

Nos deux héros blessés par leur passé le comprennent, arrivant eux aussi à accepter que le positif viendra toujours après le négatif. Comme le dit Misa : « Il n’y a rien dans cet univers qui ne change pas. ».

Sur un air simple et chaleureux

Jusqu’à l’aube est ainsi un film éminemment plein d’espoir. Son histoire évite tous les pathos et le misérabilisme. Elle nous parle avec tendresse d’acceptation, de confiance et de soutien. La connexion entre les hommes est finalement le meilleur médicament possible, le regard de l’autre faisant oublier toutes les misères.

Jusqu’à l’aube est une œuvre magnifique, simple mais loin des clichés. La fin en surprendra ainsi beaucoup mais elle est si juste qu’elle fera surtout sourire. Même le générique de fin est une bouffée d’air frais. On était bien avec cette troupe et on est heureux de savoir que tout le monde va bien.

Distribué par Art House, le long-métrage de Shô Miyake –qui confirme tout le bien que l’on pensait de lui après le très bon La Beauté du gesteest à retrouver au cinéma en France dès le 14 janvier 2026.

-Stéphane Hubert