Plus fou et ambitieux que « Junk Head », « Junk World » est un mélange grandiose de technique, d’humour et de créativité. Quel plaisir de se perdre à nouveau dans cet univers foisonnant !
Junk Head est un film écrit et réalisé par Takahide Hori.
Dans un futur lointain, une équipe d’humains, de clones et de cyborgs explore un empire robotique souterrain, mais tombe dans une embuscade de robots rebelles. Alors commence un voyage dans le temps et les dimensions plus de mille ans avant les événements narrés dans Junk Head.
Des robots et quelques hommes
En 2021 sortait Junk Head, un film tourné en stop-motion absolument incroyable. Ce qui l’était encore plus, c’est que ce bijou d’animation était quasiment l’œuvre d’un seul homme : Takahide Hori.
Aidé de seulement deux personnes, le Japonais qui n’avait alors aucune expérience en réalisation et en écriture signait tout simplement un chef d’œuvre. Mais alors qu’en est-il de sa suite Junk World ?

On peut tout simplement dire que Hori n’a rien perdu de son génie. Il va simplement encore plus loin dans son délire, entouré cette fois-ci de cinq personnes. Sur le plan technique, ce nouveau film utilise plus d’effets spéciaux numériques. L’équipe a également utilisé des imprimantes 3D pour la confection des marionnettes et des décors. Toutes les peintures ont par contre été faites à la main.
Malgré les sirènes de grandes sociétés cinématographiques, la production est toutefois restée indépendante. Un choix cher au metteur en scène pour se permettre toutes les folies. Le sentiment de liberté est ainsi partout, dans chaque recoin de cette aventure qui émerveille de bout en bout. D’autant plus qu’elle joue avec talent la carte de la singularité.
Junk World : un univers riche et complet
Le point fort du film, c’est en effet qu’il profite d’un univers unique qui ne ressemble à aucun autre. Encore plus fort avec ce deuxième épisode, c’est bien sa mythologie qui s’élargit encore et encore.

Les humains et les Mulligans sont toujours là, mais bien d’autres peuples plus extravagants les uns que les autres viennent renforcer la crédibilité et la logique de l’ensemble. Tout est cohérent et authentique.
Là encore, c’est bien la créativité de Hori qui fait des merveilles. Le bestiaire est grand et tous les personnages ont un charisme indéniable. Dans les costumes, les visages, les voix… Que ce soit Tris, Robin, Dante, Bastet (notre chouchou), Prion ou Lucina… Chacun a sa propre personnalité.

On sent que le réalisateur-scénariste a beaucoup travaillé sur l’écriture pour les rendre tous attachants quels que soient leurs objectifs. Une vraie force pour faire avancer une histoire qui gagne en complexité narrative par rapport à Junk Head.
Une narration explosive
Le film prend un étrange virage quand s’invite tout à coup le voyage dans le temps. Le spectateur se rend alors compte qu’il est depuis le début sans le savoir perdu dans un étrange labyrinthe.

Tout ce qui l’entoure est fait en dominos qui se bousculent en cascade à travers les époques et les dimensions. Même si Takahide pousse peut-être le bouchon un peu loin avec le concept, il le fait avec tellement de facétie, de créativité et d’humour que l’on oublie très vite de s’en plaindre.
La mise en scène est elle aussi inattaquable et dès que l’action s’invite, on en prend plein les mirettes ! Les combats ont un souffle épique, et on se prend parfois à voir une larmichette apparaître au coin de nos yeux. Même si, on vous rassure, ça ne dure jamais bien longtemps.
Éclats d’obus et de rire !
Junk World pousse en effet le curseur de l’humour encore plus loin que son prédécesseur. Les rires sont partout, bien souvent quand on ne les attend pas. Le long-métrage enchaîne ainsi les surprises dans sa mise en scène cartoonesque.
Même constat dans les réactions des personnages, leurs silences décontenancés, leurs chutes exagérés et ces dialogues complétement dingues qui peuvent surgir de nulle part. Oui, le film fait du bien, même si on ne comprend pas toujours ce qui se passe.

Un conseil : restez bien jusqu’au bout du générique ! Déjà parce que vous verrez des images du making of qui fera comprendre l’étendue de l’entreprise et pourquoi la production d’une telle œuvre est un véritable tour de force. Et, cerise sur le gâteau, vous verrez la véritable fin du film.
Et maintenant ? Takahide Hiro est déjà en écriture du dernier volet de la trilogie qui se déroulera, cette fois-ci, après Junk Head. Sortie espérée en 2030 par le Japonais.

Junk World est une œuvre grandiose et insaisissable, fruit de l’imagination foisonnante d’un génie autodidacte comme on en voit surgir une fois toutes les décennies. C’est fou, drôle, passionnant, envoutant et visuellement bluffant. Que dire si ce n’est… Vivement la suite !
Distribué par UFO Distribution, Junk World est à découvrir au cinéma en France dès le 13 mai.
– Stéphane Hubert




















































