Dans « La Fille du konbini », l’espoir retrouve peu à peu sa place dans la vie d’une jeune femme au passé trouble. Menée par une actrice en quête de résurrection, ce film est une merveille de justesse et d’émotion.
La Fille du konbini est un film de Yûho Ishibashi sorti au Japon en 2022.
À 24 ans, Nozomi a abandonné son tailleur de commerciale pour l’uniforme modeste d’une supérette de Kawagushi. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle pense avoir trouvé un fragile équilibre. Mais l’irruption de Kanako, une ancienne amie du collège, dans le “konbini” vient bouleverser sa routine et la confronter à ses choix de vie.
Sous pression
Le burn-out après de trop nombreuses heures, le poids des attentes sociales… Au Japon comme ailleurs, on part du principe que tout le monde peut s’adapter à ce monde du travail exigeant.
Ce n’est pourtant pas le cas. La Fille du konbini nous présente ainsi plusieurs personnages qui n’ont pas réussi à faire le grand saut. Leur esprit meurtri a ainsi fini par crier « STOP ! » à un certain moment de leurs vies.

Pas facile de se relever ensuite quand on connaît combien la société nippone se nourrit d’une haine de l’échec. Alors il faut y aller petit à petit. C’est ainsi que Nozomi se retrouve à travailler dans une de ces superettes typiquement japonaises ouvertes 24h/24.
Ceux qui y travaillent le font souvent comme une étape intermédiaire avant de trouver un métier plus « sérieux », du moins au niveau salarial. La jeune femme va, elle, plutôt y trouver un refuge. Les rencontres qu’elle y fera seront même, à sa grande surprise, déterminantes pour sa résurrection.
Retrouver sa place
Au début du film, Nozomi a en effet l’impression de ne plus vraiment exister. Que ce soit dans sa vie personnelle ou dans celles des autres, elle y déambule de son enveloppe corporelle vide sans but réel.
C’est donc bien au contact de ses nouveaux collègues et de son amie venue du passé qu’elle va retrouver une consistance.

C’est aussi à travers leurs mots qu’elle va essayer de comprendre et accepter le sien. « On ne peut pas vivre sans se tromper. » lui confie innocemment Konoko. Il suffit également parfois d’un « Tout va bien se passer. » de la bonne personne pour que l’on finisse par y croire.
La simplicité n’en est souvent pas moins forte. Une évidence qui va très bien au film en lui-même.
La Fille du konbini : belle et simple
Yûho Ishibashi parsème son scénario de symboles métaphoriques pour nous montrer le parcours intérieur de Nozomi. Le pont Inaribashi qu’elle traverse plusieurs fois, une tringle à rideau qui tombe en début de film, cette ligne sur le sol marquant un stop qui mène au domicile de la famille de son amie…
Chacun représente une étape de son éveil. De ce retour à la vie dont elle ne semblait plus espérer.

La réalisatrice tisse une histoire bouleversante et qui parlera à bien des spectateurs. Qui n’a jamais eu l’impression que son avenir s’était écrit à jamais sur un choix ? Qui ne s’est jamais dit qu’une seule décision avait suffi à rendre sa vie plus belle ?
Et si le film est aussi agréable, c’est aussi grâce à la partition de son actrice principale dont le destin fait étrangement écho à celui de son personnage.
Au-delà du réel
Ces dernières années, Erika Karata est de tous les projets et encore plus de ceux que nous avons ici adorés. Glass Heart, Love on Trial, The Queen of villains, Desert of Namibia… Sa carrière ne connaît plus de temps mort et c’est mérité tellement son talent d’actrice est grand.

Pourtant, en 2020, c’est plutôt dans mes médias people que son nom fut le plus cité. Sa relation extraconjugale depuis 3 ans avec Masahiro Higashide, son partenaire dans Asako I & II, avait alors fait grand bruit. L’homme était marié, sa femme enceinte, et la situation a mis un coup d’arrêt à la carrière de la comédienne… Jusqu’à, justement, que Yûho Ishibashi ne vienne la rechercher pour La Fille du konbini dont le scénario fait étrangement miroir à sa propre vie.
La réalisatrice s’en est expliqué : « La situation à laquelle elle avait été confrontée à l’époque m’avait touchée et j’ai donc décidé qu’elle interpréterait le rôle principal dans mon film. Je l’ai alors rencontrée pour la première fois, nous avons longuement discuté et j’ai ensuite écrit le scénario et le rôle sur mesure, pour elle. Mais lorsque nous avons débuté le tournage, j’ai pu constater que la définition du personnage d’Erika s’était considérablement affinée et qu’elle était parvenue à se l’approprier entièrement. Je voulais lui laisser une totale liberté dans ses mouvements et je pense que cela contribue au naturel du film. »

La meilleure amie de Erika Karata à la ville ? Haruka Imō… qui incarne Konoko dans le film. Autant dire que toutes les scènes qu’elles partagent sont d’un naturel troublant. La bienveillance de l’une pour l’autre est ainsi palpable et traverse l’écran. Leur complicité rend tout simplement leurs échanges délicieux et intimes.
La Fille du konbini est un film d’une belle humilité au scénario d’une grande justesse. La réalisation ne s’embarrasse pas d’artifice visuel pour donner plus de lumière aux sentiments et combats intérieurs des personnages. On nous montre ce présent qui se remplit d’espoir, nous laissant intelligemment imaginer ce passé que l’on essaie d’oublier. Son énergie bienveillante et les interprétations habitées des acteurs nous portent et nous laissent avec un petit soleil dans le cœur. Un très bon moment qui réchauffe.

Distribué par Art House, La Fille du konbini est à retrouver au cinéma en France dès le 15 avril 2026.
-Stéphane Hubert


















































