Le reflet des saules sur une petite rivière calme enjambée de ponts de pierre, le bruit des sandales de bois geta qui résonnent sur le pavé, la multitude de couleurs des yukata (l’habit traditionnel de bain) des visiteurs qui déambulent paisiblement de boutique en boutique, de bains en bains : voilà l’ambiance très particulière de Kinosaki Onsen. Aujourd’hui, on vous fait la visite des onsen de ce coin préservé du tourisme de masse, dont l’ambiance peut parfois faire penser au chef d’œuvre de Miyazaki : le Voyage de Chihiro.

Pour ceux qui ne la connaissent pas Kinosaki, il s’agit d’une petite station thermale située à deux heures et demie au nord-ouest de Kyoto, sur la côte de la mer du Japon. A peine pose-t-on le pied hors du train que l’on est saisi par le charme authentique de ce village pittoresque figé dans le temps, alors que l’on pénètre dans ce que les habitants aiment à décrire comme un très grand ryokan (l’auberge traditionnelle japonaise). La gare représenterait l’entrée, les rues seraient ses couloirs, chaque ryokan du village symboliserait une chambre et chacun des onsen l’un des bains de cette vaste auberge allégorique. Et ça tombe bien, il existe un passe unique pour essayer tous les onsen de la ville ! Pour cette raison, nous sommes accueilli immédiatement à la sortie de la gare par un présentoir exposant les geta de chaque ryokan, comme une invitation chaleureuse à s’engager dans ces lieux quelque peu hors du temps…

Présentoir à geta à la sortie de la gare.

Si ce village à l’architecture traditionnelle magnifiquement préservée est devenu un endroit idéal pour se relaxer dans un cadre qui reflète l’histoire et la beauté du Japon (une véritable carte postale dans la vie bien réelle !) c’est sans conteste grâce à ses sources chaudes naturelles. Ici, une eau bouillonnante jaillit de la terre depuis des siècles. Pour saisir l’histoire de Kinosaki Onsen et de son attraction numéro un, il est nécessaire de remonter jusqu’au VIIIème siècle…

L’une des légendes de la ville raconte que les sources auraient été découvertes par un moine bouddhiste itinérant, Dōchi Shonin. Selon cette histoire, après avoir suivi les conseils d’un oracle lui recommandant de prier durant 1000 jours pour sauver les habitants de leurs maux, de l’eau de onsen jaillit du sol le millième jour en guise de remerciement des dieux. Ce serait grâce à cet épisode que Kinosaki compte aujourd’hui sept bains publics appelés sotoyu. Soto signifie littéralement « extérieur » et yu « eau chaude », par opposition aux uchiyu, qui se trouvent à l’intérieur des ryokan privés.

Pour 3500 habitants, Kinosaki Onsen compte 74 ryokan, 7 sotoyu, et 5 ashiyu (bains de pieds) publics ! Autant dire qu’on ne s’y ennuie pas.

Le temple Onsenji, ou l’incontournable préambule

Jusqu’au début de l’ère Meiji, pour être autorisé à pénétrer dans les sources thermales de Kinosaki il fallait en premier lieu se rendre au temple Onsenji, dédié au moine Dōchi Shonin. Celui-ci est situé dans les hauteurs, ce qui demandait un certain effort physique. Après y avoir récité une prière, on recevait une louche en bois yushaku qui faisait office de ticket d’entrée dans les bains de la ville. Ce rituel était alors considéré comme le meilleur moyen pour bénéficier des vertus thérapeutiques des eaux, qui ont commencé à se faire une réputation dans tout le pays, et aujourd’hui au-delà des frontières.

(c)Toyooka tourism

Bien qu’il ne constitue plus un passage obligé désormais, les locaux le recommandent toujours, et le site est tout de même intéressant à visiter, notamment parce qu’il renferme une statue très rare que l’on ne peut voir que tous les trente ans pendant trois ans : le Bodhisattva Kannon « aux onze têtes », taillé dans le même bois que la fameuse statue du temple Hasedera à Nara.

Durant ces trois années où il est exposé, cinq fils de couleur sont attachés au poignet du Kannon et reliés à un objet placé sur un petit autel, permettant ainsi aux visiteurs qui touchent les fils de « toucher » symboliquement la statue sans l’abîmer. Ces fils sont également étendus jusqu’au pied de la montagne, sur plusieurs centaines de mètres, pour les visiteurs âgés ou handicapés qui ne pourraient pas faire l’ascension jusqu’au temple.

Par ailleurs, l’environnement de ce temple gardien des sources thermales de Kinosaki vaut réellement le détour. Il est situé à mi-chemin sur le flanc du mont Daishi, mais si l’on poursuit son chemin jusqu’à la station supérieure du téléphérique, on accède alors à une terrasse d’observation en plein air dévoilant une vue imprenable sur la ville et la mer du Japon. Et pour une expérience spirituelle plus intense, il est également possible de gravir à pied les escaliers menant au temple (environ 15 minutes). Originalité, il est de tradition d’y lancer une coupelle en terre cuite – fournie sur place – à travers un cerceau placés en contrebas du mont. Arriver à franchir ce cerveau avec votre lancé vous donne droit à une année de bonheur intégrale.

Au pied du mont, dans le hall Yakushidō du temple, sont exposées des preuves de « miracles » accomplis par les eaux de Kinosaki Onsen : des cannes laissées par des visiteurs dont les problèmes de mobilité ont été guéris. Si tout ceci relève du folklore et de la croyance, les bienfaits sanitaires des eaux thermales sont nombreux.

Quels seraient les bienfaits thérapeutiques des sources thermales de Kinosaki ?

Bien que la plupart des visiteurs ne considère plus aujourd’hui ces eaux comme sacrées, il subsiste néanmoins une croyance forte en leurs propriétés curatives et revitalisantes.

Hôtel Shinzan Rakutei

Dans les bains de Kinosaki se retrouve un mélange de minéraux puisés à plusieurs centaines de mètres de profondeur, apportant leur lot de vertus, dit-on. L’association du sodium, du chlorure et du calcium améliorerait ainsi la circulation sanguine, l’état de la peau, le sommeil, la digestion, et soulagerait les inflammations et douleurs corporelles (en particulier musculaires et articulaires). Hasard ? Nous y avons dormis comme des bébés…

Ainsi, sacrée ou pas, pour toutes ces raisons se perpétue la coutume des onsen, dans l’espoir de soulager ou voir disparaître ses maux. Mais si passer quelques heures dans les eaux de Kinosaki Onsen pourront calmer vos courbatures ou vous aider à passer une nuit reposante avec une jolie peau lisse, il faudrait toutefois prolonger le séjour sur plusieurs semaines pour pouvoir constater d’autres effets, plus durables.

Les sept bains publics à Kinosaki

A présent que nous avons clarifié la genèse de Kinosaki, venons-en donc plus précisément aux lieux qui en font la renommée : les bains !

Si l’on séjourne une ou plusieurs nuits à Kinosaki, il est très probable que ce soit dans l’un des nombreux ryokan de la ville. Cela fait partie intégrante de l’expérience, et permet de se détendre dans leurs bains après un délicieux dîner traditionnel kaiseki. La majorité des établissements met à disposition des hôtes un yukata, permettant de déambuler dans les couloirs du ryokan mais aussi dans les rues de la ville vêtu de ce kimono d’été léger en coton, et ainsi se sentir totalement immergé dans la culture des bains. La plupart offre également le fameux pass « Yumepa » qui donne un accès illimité et gratuit aux 7 sotoyu (bains publics) jusqu’au lendemain 15h30. Il suffit simplement de scanner son QR code à l’entrée de chaque bain.

Et pour les visiteurs qui ne dormiraient pas sur place, un pass identique valable à la journée s’achète pour 1500 yens. Certes, il est évidemment possible de s’en tenir aux bains de son hébergement, où l’on constate souvent une affluence moindre, mais il est aussi possible de privatiser certains bains pour les amoureux. C’est notamment le cas du spa et onsen privé du Nishimuraya Hotel Shogetsutei, où le cadre luxueux est une agréable invitation à la détente profonde, qui rend l’expérience du bain inoubliable. Mais le plus intéressant pour profiter et mieux comprendre la culture de Kinosaki Onsen est bien entendu de goûter aux sept sotoyu, chacun possédant son architecture et ses éléments uniques.

Bain privé du Nishimuraya Hotel Shogetsutei

Avant de se lancer dans ce « pèlerinage » des bains (sotoyu meguri en japonais), il est bon de savoir deux ou trois choses. Tout d’abord, vous pouvez récupérer un plan de la ville (soit gratuitement auprès de certains ryokan, soit au centre d’information pour 50 yens) et apposer au verso les tampons de chacun des bains dans les emplacements prévus : ceux qui réussiront à obtenir les sept tampons pourront prétendre à un cadeau spécial de Kinosaki. Ensuite, pour être informé en temps réel de l’affluence dans les bains, il suffit de se rendre sur le site internet de la ville. Une fonctionnalité très pratique pour bénéficier des meilleures conditions de relaxation et être au courant des jours de fermeture hebdomadaire – chacun ferme un jour en semaine, mais à des jours différents.

Et enfin, information assez rare au Japon pour être soulignée, l’intégralité des 7 bains accepte les visiteurs tatoués, visibles ou non ! Tout le monde est le bienvenu, alors plus aucune raison de rechigner à se plonger dans les sources thermales !

Mandara-yu (bain qui réalise les voeux)

Selon l’une des légendes de la ville, c’est à cet endroit qu’au 1000ème jour de prière du moine Dōchi Shonin l’eau du onsen jaillit du sol, ce qui a entraîné la reconnaissance et prospérité économique de Kinosaki. Sa particularité réside dans ses deux petites baignoires en céramique situées sur la terrasse extérieure. Chacune ne peut accueillir qu’une seule personne, et permet de profiter de l’air frais et admirer la vue sur les montagnes.

Konō-yu (bain du bonheur dans le mariage et longévité)

Un peu à l’écart de la rue principale, l’endroit est assez calme avec son bain extérieur en pierre entouré de verdure. Nous avons eu la chance de pouvoir y échanger avec Fujiwara Yasuo, un employé de longue date qui nous a conté la légende de ce bain, encore plus ancienne que celle de Dōchi Shonin. Il y a environ 1400 ans, une cigogne blanche orientale blessée aux pattes les aurait guéries en les trempant dans les eaux « magiques » du site. Il s’agirait donc de la plus ancienne source chaude du village. Le onsen tire d’ailleurs son nom de cette légende, « ko » signifiant « cigogne » en japonais. Et pourtant plus récemment, ce n’est pas une cigogne blanche orientale mais un autre animal rare qui a donné des sueurs froides à Fujiwara-san et ses collègues. Il se rappelle d’une rencontre marquante il y a une vingtaine d’années, lorsqu’une cliente qui profitait du bain extérieur s’était trouvée nez-à-nez avec un tanuki… Quand on sait que le folklore japonais dépeint le tanuki comme une créature farceuse qui aime jouer des tours aux humains, pouvant se métamorphoser tour à tour en un autre animal, en humain, user de ses pouvoirs surnaturels sur l’eau, ou encore être un messager des dieux… Cette anecdote pourrait être interprétée de mille façons !

Goshono-yu (bain de beauté)

L’impressionnante façade du bâtiment s’inspire du palais impérial de Kyoto. Dans son entrée et sa salle de repos on découvre de magnifiques paravents anciens, et au plafond un véritable chef d’oeuvre.

Avec son large bain extérieur depuis lequel on peut admirer une fabuleuse cascade parmi la végétation (cascade qui est plus ou moins grande selon le côté homme ou femme, en alternance un jour sur deux), il s’agit du bain le plus fréquenté par les visiteurs. Et si l’on en croit Ishida-san, un natif de la région du Kantō très fier de travailler à Goshono-yu depuis maintenant deux ans, puisque Kinosaki serait le deuxième endroit le plus populaire du Japon pour les bains après Kusatsu Onsen, alors Goshono-yu serait le deuxième établissement thermal le plus populaire du pays ! Quoiqu’il en soit, si vous n’avez le loisir de n’essayer qu’un seul onsen, ou si vous voulez y passer un peu de temps, c’est celui que l’on vous recommande sans hésiter pour son grand rotenburo entièrement rénové en 2020.

Ichino-yu (bain de la chance)

Il est difficile de passer devant l’établissement sans le remarquer, ne serait-ce que de par son emplacement, en plein centre de Kinosaki, mais également et surtout son éminente architecture, avec une façade jaune s’inspirant des théâtres traditionnels kabuki.

L’une des caractéristiques notables d’Ichino-yu est l’un de ses bains, situé dans une grotte à ciel ouvert. Son nom, qui signifie « bain numéro un », lui a été attribué par un médecin renommé de l’ère Edo, suite à son expérience des effets bénéfiques de ses eaux, et qui l’aurait ainsi qualifié de meilleur bain du Japon.

Yanagi-yu (bain de la fertilité)

Les sept sotoyu de Kinosaki Onsen sont censés avoir la même température : depuis la source à 81°C, elle est régulée pour atteindre 42°C. Cependant, peut-être parce que c’est le plus petit, Yanagi-yu est le bain où l’on a l’impression que la température de l’eau est la plus élevée. Ici les amoureux de la douceur du bois de hinoki (cyprès) trouveront leur compte, du décor jusqu’au matériau du bain

Jizō-yu (bain sacré, qui protège la famille des maladies)

S’il y a un bain dont on entend le nom régulièrement à Kinosaki c’est celui-ci, le préféré des locaux ! Nommé d’après la divinité bouddhiste qui veille sur les enfants, Jizō, il possède d’ailleurs un espace enfants et est pour cette raison reconnu comme étant le onsen des familles. De l’extérieur, son architecture est intrigante. Sa silhouette évoque celle d’une lanterne japonaise, avec des fenêtres hexagonales faisant écho aux pierres de basalte de la grotte de Genbudo, qui fait partie du géoparc mondial situé à quelques kilomètres de la ville.

Satono-yu

Situé juste à côté de la gare, l’établissement thermal le plus grand et le plus récent de Kinosaki est pratique pour tremper ses pieds dans le ashiyu en attendant son train ou mieux, profiter de la vue panoramique sur la rivière depuis son rotenburo à l’étage supérieur. Il est divisé en deux parties (alternant un jour sur deux hommes/femmes) : d’un côté un bain typique de style japonais et de l’autre un bain à inspiration turque orné de carreaux de faïence. Pour pouvoir profiter des deux côtés, il faut donc venir deux jours de suite, nous conseille Fujiwara-san – qui a lui aussi une préférence pour le second. Dans tous les cas, selon lui, grâce à la taille imposante de l’établissement on ne ressent pas vraiment l’affluence.

Les secrets des sotoyu de Kinosaki onsen

A 52 ans, notre ami Fujiwara-san a passé exactement la moitié de sa vie à travailler au sein des établissements thermaux de la ville. Il nous apprend énormément de choses sur leur fonctionnement que l’on ne pourrait deviner autrement, nous délivrant notamment en premier lieu un gracieux rappel que Kinosaki n’est qu’un gigantesque ryokan : de ce fait, les employés des sotoyu ne forment qu’un seul et même groupe, ils se connaissent bien, et changent d’établissement tous les deux ans.

Ainsi, en 26 années d’expérience au sein de la division des onsen de Kinosaki, c’est la troisième fois que Fujiwara-san est affecté à Konō-yu. Il a déjà pu travailler dans les sept bains, et en connaît toutes les arcanes.

Fujiwara-san

Il nous apprend que les employés sont embauchés en binôme homme/femme (couple ou frère et sœur par exemple) car il leur faut être en mesure d’accéder aux deux côtés du onsen. Ici les postes tournent continuellement, chacun doit donc être capable d’effectuer tout type de tâche, du ménage à l’accueil des clients en passant par la régulation de l’eau du bain à l’aide des machines. La température de l’eau doit en effet être vérifiée chaque matin avant l’ouverture, puis 2 à 3 fois par jour : la météo peut la faire augmenter ou, au contraire, l’affluence de visiteurs la faire baisser en-dessous des fameux 42°C.

Pendant toutes ces années, Fujiwara-san a assisté aux différentes rénovations des bains, mais selon lui la ville en elle-même n’a pas vraiment changé. Kinosaki reste un endroit très paisible. Si elle était fréquentée pratiquement exclusivement par des visiteurs japonais lorsqu’il s’y est installé, il a cependant pu remarquer une importante évolution du nombre d’étrangers durant les dix dernières années, passant d’environ 1100 par an en 2011 à un peu plus de 50000 juste avant la pandémie, en 2019. (Ndrl : ces chiffres prennent en compte les visiteurs passant au minimum une nuitée sur place.)

Malgré tout, la population locale compte énormément de personnes âgées qui ne parlent pas anglais, c’est pourquoi son conseil essentiel serait d’apprendre deux ou trois mots simples de japonais pour pouvoir initier quelques bribes de conversation en se relaxant dans les bains.

Le charme de Kinosaki Onsen, c’est son ambiance si singulière, en particulier la nuit venue…

Le village dans son ensemble exhale une atmosphère unique, imprégnée de l’héritage culturel et du charme du passé. Les constructions de plus de deux étages étant interdites dans le centre, la vue du village demeure la même depuis plusieurs siècles. Cela explique la grande popularité de Kinosaki auprès des Japonais eux-mêmes, qui viennent pour y retrouver l’authenticité du Japon d’antan.

De l’ouverture des établissements thermaux tôt le matin jusqu’à la nuit, de bain en bain, d’étals de fruits de mer en boutiques de souvenirs, se succèdent les passants, la majorité vêtue d’un yukata. Tout se fait très facilement à pied : depuis la gare à l’est, seulement une quinzaine de minutes sont nécessaires pour rejoindre, tout à l’ouest du village, le téléphérique et la source de Kinosaki Onsen, Moto-yu. A cet endroit se trouve d’ailleurs également une petite échoppe qui permet de faire cuire des œufs dans l’eau des sources chaudes (les onsen tamago) tout en profitant de l’un des cinq bains de pieds gratuits de la ville.

En se baladant le long de la rue aux saules et aux cerisiers, Kiyamachi, il est difficile de résister à la tentation de tester les petits cafés ou de remplir panier et estomac des spécialités de la région : vinaigres de fruits, objets en marqueterie de paille, accessoires pour le bain… On peut même y trouver les petits livres originaux de Books & onsen que nous avions découverts au musée de la littérature. La couverture de l’un d’entre eux est en forme de sandale geta, celle d’un autre en tissu éponge… avec des pages résistantes à l’eau pour pouvoir lire dans le bain !

Vous vous demandez sûrement quel rapport entre les bains de Kinosaki et la littérature ? Le village est pourtant fortement lié à ce pan de la culture japonaise en ce qu’il a longtemps été un lieu de prédilection pour de grands écrivains. Après avoir séjourné un moment à Kinosaki, profité de ses sources chaudes et de son atmosphère envoûtante, ils y ont puisé l’inspiration pour leurs œuvres, à l’instar de Naoya Shiga. Et le musée de la littérature, consacré en grande partie à cet auteur, comporte également une partie dédiée aux bains de la ville. On y trouve notamment d’anciennes photographies des établissements thermaux, des bassines, des yushaku, ou encore des exemplaires des tablettes de bois exclusives que recevait jusqu’à récemment encore la première personne à visiter chaque sotoyu du village (une pratique malheureusement révolue désormais.)

Enfin, contrairement aux villages thermaux habituels, qui manquent souvent d’animation en fin de journée, la plupart des boutiques de Kinosaki restent ouvertes jusqu’à 22h ou 22h30. On peut donc faire ses emplettes ou s’essayer à des jeux de tirs à la carabine en sortant de son dernier bain de la soirée. En fonction des jours, les nostalgiques du siècle dernier auront même le choix entre plusieurs salles de jeux avec des machines et flippers rétro, dont la fameuse arcade Taniguchiya, ouverte depuis 1954.

Et c’est d’ailleurs la nuit que le village revêt une atmosphère magique. Séjourner deux nuits à Kinosaki permet non seulement de s’éloigner un peu de l’artère principale et explorer les petites rues secondaires qui fourmillent d’endroits intéressants, mais également de visiter les sept bains publics à la fois en journée et en soirée, pour une ambiance assurément transformée.

Sans surprise, ce qui attire principalement à Kinosaki, ce sont ses onsen. Matin, après-midi, soir, été comme hiver. Chacun avec ses propres vertus curatives. Il ne faut pas pour autant s’en réduire à cela, car quel que soit le nombre de bains que l’on visite, chacun trouvera sûrement son compte dans l’ambiance traditionnelle si particulière du village, dans l’artisanat local, ou simplement l’environnement naturel, et ce à n’importe quelle saison. Au printemps en flânant le long de la rivière Ōtani surplombée de cerisiers en fleurs, l’été avec les feux d’artifices de fin juillet à fin août, mais également à la mi-octobre avec le festival d’automne de Kinosaki et en hiver lorsque l’on peut y déguster le fameux crabe local frais. Les plus curieux partent également souvent explorer divers sites remarquables alentours (tels que la ville féodale d’Izushi, les grottes de basalte de Genbudō, ou encore les différents lieux de recherche et observation de la cigogne blanche orientale…) avant de revenir se plonger dans les sources chaudes à la nuit tombée.

Dans cette bulle de calme et de charme il est si facile d’imaginer ce qu’était la vie au cœur d’une ville onsen plusieurs siècles en arrière. Et c’est bien naturellement que l’on peut ressentir le désir de revenir au plus vite, ou de visiter d’autres destinations thermales du Japon dans l’espoir de retrouver l’expérience traditionnelle de Kinosaki Onsen.

Mathilde SERRE MAYS & Mr Japanization