Connaissez-vous les daruma 達磨, ces petites figurines japonaises faites en papier mâché qui permettent d’exaucer les vœux ? Très populaires, ces petites figurines attirent immédiatement l’œil grâce à leur forme ronde. Mais saviez-vous qu’elles tirent leur inspiration du moine bouddhiste indien Bodhidharma, le fondateur du bouddhisme zen ?
Qui est Daruma ?
Si le terme daruma nous fait immédiatement penser à cette petite figurine en papier mâché, c’est également le nom japonais de Bodhidharma, un moine indien à l’origine du bouddhisme zen.

Quel peut bien être le rapport entre les deux ? Vous allez vite le découvrir.
Bodhidharma est donc un moine originaire d’Inde, ou de Perse selon certaines sources, qui serait à l’origine de l’école de bouddhisme chan, qui deviendra le zen au Japon. Pourquoi « serait » ? car l’existence de Bodhidharma n’est pas avérée et de nombreuses légendes entourent son existence, comme celle liée à notre petite figurine.
Pour rappel, le zen fut importé au Japon par Eisai 明菴栄西 (1141-1215), un moine japonais. Ce dernier fonda l’école Rinzai au Japon, après avoir été initié au chan lors d’un séjour en Chine. À l’époque, d’autres écoles de bouddhisme bien implantées à Kyôto, auprès de la cour impériale, ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée de cette nouvelle école.
Eisai quitta alors Kyôto pour Kamakura, où se trouvait le Shôgun (gouverneur militaire) qui, lui, appréciait ses enseignements. C’est donc à Kamakura que fut construit le tout premier centre zen du pays, le temple Jufuku-ji.

Pour en revenir à la légende de Bodhidharma, ce dernier se rendit un jour dans une grotte pour y méditer afin d’atteindre l’illumination. Il y demeura en position de méditation assise, appelée zazen, sans fermer les yeux pendant pas moins de neuf longues années.
Comme il s’était malheureusement endormi au cours de sa septième année, il décida de se couper les paupières pour garder les yeux bien ouverts. C’est d’ainsi qu’il créa le thé, car en tombant au sol ses paupières coupées donnèrent naissance à deux plants de thé. Le thé est d’ailleurs une boisson très consommée par les moines zen, car essentielle pour rester éveillé pendant la méditation.
Après neuf années de méditation, en plus de ses paupières, Bodhidharma perdit également ses bras et ses jambes qui avaient fini par pourrir… un corps sans bras, sans jambes et avec les yeux grands ouverts… ça ne vous rappelle pas quelque chose ?

D’où viennent les figurines daruma ?
Créées au 18e siècle, les figurines daruma sont originaires de la ville de Takasaki, dans la préfecture de Gunma. La ville en est d’ailleurs toujours le principal lieu de production et produit environ 80% des daruma du marché.
C’est plus précisément au temple Shôrinzan Daruma-ji 少林山達磨寺, fondé en 1697, que l’idée des daruma est née. Les moines du temple ont en effet pensé à créer ces petites figurines au moment de la grande famine de la fin du 18e siècle. Connue sous le nom de « Grande famine Tenmei », cette famine frappa le Japon de 1782 à 1788 à cause, entre autres, de l’éruption du mont Asama situé entre les préfectures actuelles de Nagano et Gunma. Pourquoi sont-elles inspirées de Bodhidharma ? Tout simplement parce que le temple proposait déjà des images du moine indien comme charme porte-bonheur.
L’un des moines du temple créa donc une figurine en papier mâché et proposa aux fermiers du coin de les vendre pour les aider face à la famine. Le côté « culbuto » des daruma serait quant à lui inspiré des okiagari-kobôshi 起き上がり小法師, des petites figurines en papier mâché « culbuto » à l’effigie de prêtres. Grâce à son socle, le daruma ne peut pas tomber, ce qui fait écho au proverbe japonais sur la persévérance « Tomber sept fois, se relever huit » 七転び八起き (nana korobi ya oki).

Le temple Shôrinzan Daruma-ji est toujours lié aux daruma, c’est d’ailleurs ici que le festival nocturne Shôrinzan Nanakusa-taisai se déroule chaque année. Ce festival, qui se tient du 6 janvier jusqu’au lendemain matin, permet aux visiteurs de se procurer un nouveau daruma. Il a lieu depuis la fin du 18e siècle, date à laquelle les paysans ont commencé à vendre ces petites figurines.
Les daruma sont faits de façon artisanale et peints à la main. Pour réaliser un daruma, les artisans font tout d’abord bouillir du papier (papier, emballage en carton…) qu’ils mélangent à de la colle, afin d’obtenir du papier mâché qui est ensuite disposé dans des moules.
Une fois secs, un socle est ajouté et les daruma sont peints entièrement en blanc, puis de la couleur souhaitée qui est généralement le rouge, car il protège des mauvais esprits. Le visage est peint à nouveau en blanc et la partie la plus délicate peut alors commencer. Le contour des yeux et du nez sont alors ajoutés, ainsi que les motifs des sourcils et de la barbe, et enfin le kanji, qui est généralement celui de 福 (fuku), ce qui signifie « chance », « bonne fortune ».
Si vous faites bien attention aux sourcils du daruma, vous verrez, même si ce n’est pas forcément évident, qu’ils représentent deux grues se faisant face. Pareil pour les moustaches qui représentent une tortue, ces deux animaux symbolisant la longévité : on dit d’ailleurs que « la grue vit 1000 ans, la tortue 10 000 ans. »

Comment utiliser un daruma ?
Lorsque l’on achète un daruma, on constate que ses yeux sont tout blancs, sans iris… C’est tout simplement parce que les yeux, c’est à vous de les dessiner ! Un seul d’abord (son œil gauche) au moment de faire votre vœu, et le second au moment où le vœu se réalise (s’il se réalise).
Une fois que vous avez choisi votre vœu, et donc peint l’œil gauche du daruma, vous avez une année pour le réaliser. Oui, le daruma n’est pas vraiment un objet magique, mais sert davantage de motivation. La façon dont Bodhidharma a persévéré pour atteindre l’éveil doit vous motiver à mettre tout en œuvre pour réaliser votre rêve. Afin de mettre toutes les chances de votre côté, pensez à le mettre en évidence, dans un endroit où vous avez l’habitude de passer.
Si le daruma est traditionnellement de couleur rouge, il n’est pas rare de trouver d’autres couleurs, chacune ayant sa thématique spéciale. Par exemple, si votre souhait concerne la santé, alors un daruma vert sera plus approprié (violet aussi parfois), s’il concerne la richesse ce sera un daruma doré ou jaune, pour l’amour le rose ou encore pour la réussite dans les études le blanc.

Que faire si votre vœu s’est réalisé ? Il suffit alors de dessiner son autre œil et de le retourner en début d’année, si possible, au temple où vous l’avez acheté pour qu’il soit brûlé lors d’une cérémonie spéciale. Vous pourrez alors en acheter un nouveau, si vous avez d’autres souhaits à réaliser, car un daruma ne marche que pour un seul vœu, si vous en faites plusieurs en même temps cela signifie que vous n’êtes pas vraiment sérieux et impliqué.
Que faire si votre vœu ne s’est pas réalisé ? Dans, ce cas, au bout d’un an, il est de coutume de le ramener au temple (sans dessiner son second œil) afin qu’il soit aussi brûlé. Vous pourrez alors en acheter un nouveau, afin de retenter votre chance.

Les daruma, qu’ils aient ou non accompli leur mission, sont en effet très souvent ramenés au temple pour être brûlés en début d’année. Cette cérémonie est une façon de remercier Bodhidharma pour son aide et le libérer de son rôle. La plupart des temples/sanctuaires les brûlent en même temps que les décorations qui ont servi pour le Nouvel an (kadomatsu, shimekazari…) lors d’un festival appelé Dondo-yaki.
Il existe également certains festivals plus importants, comme c’est le cas du Maebashi Hatsuichi matsuri 前橋初市まつり. Ce festival a lieu chaque année le 9 janvier dans la ville de Maebashi (préfecture de Gunma), située non loin du lieu de naissance des daruma. Il s’agit d’un festival très ancien, qui se tient depuis le début du 17e siècle, et qui permet de se procurer un daruma, ainsi que d’autres objets porte-bonheur, auprès d’une centaine de stands installés dans le centre-ville. Le festival commence avec un bûcher où sont brûlés tous les daruma de l’année précédente.
Voilà, si vous avez besoin d’un coup de pouce pour réaliser l’un de vos souhaits, vous savez désormais vers qui vous tourner…
-Claire-Marie Grasteau
Image d’en-tête : Daruma exposés au temple Shôrinzan Daruma-ji (@puffyjet wikimedia commons)




















































