« Confetti » nous invite dans le quotidien d’un collégien à la croisée des chemins. Dans l’intimité d’une troupe de théâtre dirigée par son père, il va ouvrir son cœur et se découvrir des facettes de lui dont il ignorait l’existence. Un film bouleversant.

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Confetti est un film écrit et réalisé par Naoya Fujita et sorti en 2023.

Nous y suivons Yuki, un collégien dont la famille parcourt le Japon en tant que troupe de théâtre itinérante. Chaque mois est différent, ce qui entraîne une vie en constante évolution, avec de nouvelles écoles et peu d’espoir de se faire des amis ou de vivre de nouvelles expériences. Puis, un jour, il rencontre Ken, un élève doué qui n’aime pas l’école.

Les deux garçons deviennent rapidement inséparables et, alors que sa famille se prépare à partir, Yuki espère que son nouvel ami pourra un jour le voir sur scène en tant qu’acteur.

Entre deux réalités

Au début de Confetti, Yuki est un jeune garçon passionné mais surtout résigné. D’un côté, il a l’objectif de devenir acteur de théâtre. De l’autre, il ne voit pas pourquoi s’intéresser aux autres puisqu’il ne sera dans la ville que pendant un mois. Il ne porte même pas l’uniforme du collège, ce qui le démarque encore plus auprès des autres élèves.

D’autres pourraient s’en émouvoir. Pas lui qui y est depuis longtemps habitué. Après tout, dans un mois, il ne sera plus là et plus personne ne se souviendra de lui. Comme il le dit « Je n’ai pas besoin d’amis. » Alors il s’enferme dans une bulle, coffrant ses sentiments et se concentrant sur son objectif de devenir acteur.

Bien sûr, cette logique ne peut pas tenir éternellement. Surtout quand, malgré lui, une rencontre va tout changer.

Ceux qui nous complètent

Sa rencontre –forcée par un professeur- avec Ken va changer les choses. Déjà parce qu’elle lui prouve que le monde extérieur peut s’attacher à lui… Et inversement. Tout à coup, il veut compter dans les vies de plusieurs personnes, leur faire plaisir. Ce qui est nouveau pour lui.

Auprès de Ken, peut-être découvre-t-il même plus que de l’amitié. Son ami ne peut d’ailleurs pas le quitter des yeux quand il enfile un costume de jeune fille sur scène.

Naoya Fujita laisse intelligemment et sciemment planer le doute, comme il l’expliquait à nos confrères de Eastern Kicks :

À quatorze ou quinze ans, peut-être que ne savent pas comment décrire leur relation. Est-ce de l’amour ? Est-ce de l’amitié ? Je voulais que ce soit ambigu et que cela reflète bien leur âge.

Oui, c’est en effet souvent à cet âge que les adolescents se rencontrent eux-mêmes. Et tout ça est bien compliqué quand, autour, une personne n’assume pas spécialement son rôle.

Un père et passe

Il y a dans Confetti un mot qui revient encore et encore : famille. Et le film l’explore avec tendresse en long et en large. D’abord celle de Yuki, évidemment. Sur le papier, il ne lui reste que son père. Responsable de la troupe de théâtre, son propre fils l’appelle « Chef ».

Et s’il est toujours présent physiquement autour de lui, il a plutôt l’habitude de déléguer dans ses décisions de vie. Yuki voit ainsi très bien qu’il n’est pas vraiment sa priorité. Son désir de devenir acteur est-il ainsi lié à ce besoin de reconnaissance ? Rêve-t-il secrètement d’avoir autour de lui une « famille normale » ?

Il faut voir son regard s’illuminer il entend ce « Iteraishai. » répondre à son « Itekimasu. » alors qu’il partage un peu du quotidien de Ken.

Le réalisateur aborde vraiment le thème de la relation parents-enfants sans jugement et avec beaucoup de justesse. Chacun fait de son mieux. Tout simplement. Dans un contexte économique et quotidien des plus compliqués.

Confetti : dans l’ombre des projecteurs

Le scénario tissé par Naoya Fujita se déroule dans le monde du Taishū engeki, littéralement le « Théâtre pour les masses ». Les troupes itinérantes se déplacent ainsi mois après mois dans une salle différente du Japon. Des déménagements incessants qui permettent de rencontrer un public nombreux mais dont l’avenir est remis en question plusieurs fois par an.

Pourtant, la passion est là mais pas les lauriers. Cet art est en effet moins reconnu que ses grands-frères que sont le kabuki, le noh et le bunraku. Trois formes d’expression inscrites parmi les chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

Découvrir Confetti quelques mois après Le Maître du kabuki fonctionne ainsi comme un effet miroir entre les deux films. Le dernier cité a battu tous les records, est encensé partout dans le monde, dure près de 3h et sa réalisation est flamboyante. Celui qui est consacré au théâtre populaire est son exact opposé, à l’image de l’art qu’il représente.

Le long-métrage est ainsi simple, passionné, plus proche du public, plus attachant et d’une courte durée de 1h20. Le petit univers sans lequel il nous invite est peuplé de personnages bien croqués. Tous se battent pour se faire une place dans un monde dans lequel ils se sentent un peu perdus. Mais l’amour et l’amitié vont leur montrer le chemin.

Confetti est un film d’une honnêteté magnifique, un véritable bijou d’émotion qui prend place dans un contexte tout japonais rarement exploité au cinéma. Les jeunes acteurs sont éblouissants et illuminent chaque scène.

Une œuvre marquante qui n’a pas eu jusque-là la reconnaissance qu’elle mérite. Il est vraiment temps de corriger cet affront en le découvrant gratuitement en streaming sur le site du Japanese Film Festival jusqu’au 3 juin 2026.

Stéphane Hubert