« Mon Grand frère et moi » est la nouvelle fantaisie d’un réalisateur qui n’en finit plus d’explorer les nuances de la famille japonaise. Avec humour, bon sens et beaucoup de talent. Comme d’habitude.
Mon Grand frère et moi est un film de Ryota Nakano, adapté de l’essai autobiographique Ani no Shamai de Riko Murai.
Nous y suivons Riko, dont la relation avec son frère aîné n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils !
Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences. Elle redécouvre aussi peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.
Disparaître pour enfin exister ?
Dans Mon Grand frère et moi, tout commence par une disparition. Riko perd en effet son frère. Le dernier membre de sa famille, les deux étant depuis bien longtemps orphelins de leurs parents. Sur le coup, elle ne réagit pas vraiment, ce qui lui vaut les regards perplexes de son mari et ses deux enfants.
OK, elle n’avait pas parlé à son grand frère depuis quelque temps. À vrai dire, elle n’avait pas beaucoup de respect pour lui, et son côté farfelu l’énervait plus qu’autre chose. Elle, écrivain, mère de famille, donne la priorité à la rigueur avant tout autre sentiment.

Nous l’accompagnons ainsi dans cette transformation intérieure qu’elle va vivre malgré elle. Car c’est justement face au fantôme de son frère qu’elle va enfin le comprendre. Et, on peut même dire, enfin le connaître. Il y a en effet toujours l’image que l’on se fait d’une personne et celle qu’elle est vraiment.
Une leçon apprise ici un peu tard mais qui fait avancer Riko dans sa vision de son frère… et d’elle-même.
L’autre : ce miroir reformant
Riko va en effet réussir à se défaire des préjugés qu’elle avait sur son frère, mais aussi à se remettre en question. Ryota Nakano – en faisant apparaître le défunt dans le quotidien de sa sœur – propose une magnifique et pourtant simple idée de mise en scène.
Chacune de ses apparitions est pleine de poésie, nous faisant rencontrer un personnage solaire à qui la vie n’aura pourtant fait aucun cadeau. Riko va lui dire tout ce qu’elle a sur le cœur et qu’elle n’a jamais pris le temps de lui confier de son vivant.

Par ce biais, c’est aussi et surtout sa propre histoire qu’elle fait avancer. Son passé qu’elle remet en question. Le réalisateur nous fait ainsi voyager dans son enfance. Sa vision de la réalité de petite fille est alors remise en question par l’adulte qu’elle est depuis devenue. Ses rapports avec les autres qu’elle va faire évoluer aussi.
Elle en tirera même enfin sa définition du mot « famille ». Car en début de film, quand on lui pose la question, elle ne sait que répondre. Ses rencontres successives avec sa belle-sœur, sa nièce et son neveu seront comme des détonateurs. Il faut ainsi parfois une explosion pour remettre toutes les pièces dispersées à leur véritable place.
Mon Grand frère et moi : au nom de ceux qui restent
Lors d’un décès, le plus dur n’est pas pour celui qui part mais bien pour ceux qui devront maintenant vivre avec son absence. Le long-métrage n’aborde jamais le sujet avec lourdeur mais avec beaucoup de finesse.
Il faut reconnaître là la patte de Ryota Nakano, à nos yeux, un des fleurons du cinéma japonais depuis plus d’une décennie. Nous vous avons d’ailleurs déjà parlé, avec amour, de deux de ses précédents films Her Love boils Bathwater et La Famille Asada.

L’homme sait en effet toujours conter de délicates histoires humaines, reflétant toujours avec justesse la dualité de l’existence. Oui, nous rencontrerons des moments bien tristes (déchirante scène de crémation) mais ce n’est pas pour cela que l’humour ne s’immiscera pas dans tous les interstices qu’il trouvera.
On rigole ainsi quand même beaucoup dans Mon Grand frère et moi. Le scénario est simplement touchant et juste, porté par des acteurs qui jouent la famille avec brio.
Une histoire d’harmonie
Mon Grand frère et moi peut en effet s’enorgueillir d’un casting imposant pour donner vie à ce microcosme qui se retrouve autour du défunt.

Dans le rôle de Riko, Kō Shibasaki (La Voie du serpent, Le Garçon et le héron) est parfaite en femme sérieuse dont la carapace se craquelle. Hikari Mitsushima (Quartet) donne, quant à elle, corps à Kanako, dans un mélange de force et de fragilité.
Mention spéciale au jeune Yota Mimoto qui, dans le rôle du fils Ryota, est tout bonnement bouleversant. Son mutisme et son regard perdu sont ainsi tirés comme des flèches directement dans nos cœurs.

Et puis, que dire de Joe Odagiri (Midnight Diner Tokyo Stories) qui incarne ce grand-frère de toutes les conversations ? Même si on ne le voit finalement pas beaucoup, chacune de ses apparitions est un véritable régal. À la fois drôle, léger, fantomatique et gardien de vérités silencieuses, il crève l’écran et offre à son personnage une enveloppe joliment éthérée et humaine.
Mon Grand frère et moi est donc un véritable ravissement de cinéma japonais. Par son récit fluide, émouvant, lumineux et plein d’humour, Ryota Nakano rajoute avec son dernier long-métrage une belle ligne à sa filmographie déjà sans fausse note. On en redemande et on attend sa prochaine mélodie avec grande impatience.

Distribué par Art House, Mon Grand frère et moi est à découvrir au cinéma en France dès le 6 mai.
– Stéphane Hubert

















































