Le Dernier envol du papillon est un portrait tout en finesse d’un personnage tragique à un moment charnière de l’histoire japonaise.
Le Dernier envol du papillon est un manga de Kan Takahama sorti au Japon en 2014.
Nous y suivons Kicho, la plus belle courtisane de Nagasaki, qui séduit tous les hommes sans exception. Cependant, du vieux marchand ivrogne au médecin étranger, elle continue à accepter tous les clients, même les plus méprisables. Quel secret cache-t-elle derrière sa douce mélancolie ? Kenzo, jeune garçon qui nourrit une haine farouche envers elle, détient peut-être les clefs du mystère…
Une vie dans le rouge

Le Dernier envol du papillon se déroule à Nagasaki, essentiellement dans les quartiers de Maruyama et Yoriai. Pendant longtemps, on les connaissait comme ceux dévoués à la prostitution. C’est dans une maison de passe, lieu aussi sordide qu’animé, qu’évolue Kicho, héroïne tragique de cette histoire. Grâce à sa grande beauté, la courtisane peut faire tourner la tête de n’importe quel homme ! Quant à ses clients, elle les accepte tous sans exception tant que leur portemonnaie est bien rempli.
Mais la prostituée est enfermée dans une cage dont elle semble pourtant posséder la clé. C’est tout ici la puissance du scénario tissé par la mangaka. Cette dernière joue avec les sentiments des personnages, parfois forts face à l’adversité, d’autres bouleversés par le poids du passé. Elle réussit à créer des protagonistes aux multiples facettes. Le lecteur tangue mais ne peut que tous les aimer, les plaindre, les comprendre.
Et si l’émotion est partout, c’est aussi grâce au contexte historique de son récit.
Une île venue d’ailleurs

Même si Kochi n’a pas réellement existé, Kan Takahama lui offre en effet un écrin bien réel. Très documenté, son scénario s’inspire ainsi d’une période charnière de l’histoire japonaise. Le fait qu’elle se déroule à Nagasaki n’est pas un hasard. La ville constituait en effet pendant longtemps la seule porte ouverte entre le Japon et l’Occident.
Ce symbole, c’était l’île artificielle de Dejima. Alors que le pays était fermé aux étrangers durant plusieurs siècles, elle était le seul endroit où ces derniers pouvaient commercer avec les Japonais. Ce fut le cas des Portugais entre 1634 et 1641, puis des Néerlandais de 1641 à 1853. Elle était essentiellement composée d’entrepôts et de d’habitation. Le Dernier envol du papillon nous en décrit la vie au quotidien, s’inspirant de figures ayant bel et bien existées pour créer des personnages comme le Dr Thorn.

En plus de faciliter le commerce, l’île était en effet également une passerelle entre les savoirs des deux pays, notamment celui concernant le domaine médical. Ainsi sont nées les Rangaku (littéralement « études néerlandaises »), une discipline d’analyses développée par le Japon lors de ses contacts avec les Néerlandais de l’île.
Le manga s’en inspire avec le personnage de Kenzo, montrant également que faire appel à l’aide occidentale n’était pas non plus toujours bien vu. Le racisme et la méfiance de l’étranger étaient ainsi de mise pour certains. Des vies tenaient pourtant sur le fil de ce partage de connaissances.

Pour donner encore plus de force à cette histoire, il fallait également une plume aussi fine que son sujet.
Le Dernier envol du papillon : plume de haut vol

La mangaka Kan Takahama est, on le sait depuis de nombreuses années, une artiste de haut vol. À son scénario passionnant et documenté répond ainsi un coup de crayon d’une grande beauté. Ses traits fins sont parfaits pour donner un charme irrésistible à l’ensorcelante Kochi. Il y a une telle mélancolie dans son regard que l’on s’y perd facilement.
La courtisane star hante ainsi toutes les cases dans lesquelles elle apparaît. On sent alors tout l’amour et la compassion de Kan Takahama pour le personnage qu’elle a créé. Parcourir les quelque 144 pages est donc un véritable régal pour le lecteur.

Comme La Vie d’Otama, Le Dernier envol du papillon est un manga d’une grande délicatesse qui revient sur un moment charnière de l’histoire japonaise. Son récit mélange fiction et réalité avec une grande intelligence. Ses personnages y sont attachants et magnifiquement bien écrits.
Kan Takahama a même la bonne idée de nous en dévoiler un peu plus sur leurs destins dans deux autres œuvres : La Lanterne de Nix (6 tomes) et Les Saisons de d’Ohgishima (4 tomes).

Le Dernier envol du papillon est disponible en France chez Glénat. Vous pouvez le commander et en découvrir gratuitement les premières pages ici.
–Stéphane Hubert


















































