À l’orée de nos derniers moments, que reste-t-il de nous ? « Le Dernier souffle du yakuza » nous invite à y réfléchir avec tendresse, fureur et nostalgie.

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Le Dernier souffle d’un yakuza est un film de Baku Kinoshita (ODDTAXI).

Nous y suivons, Akutsu, un détenu âgé purgeant une peine de réclusion à perpétuité. Sur le point de mourir seul dans sa cellule, une fleur dotée de parole lui assène : « Quelle vie pourrie tu as eue. »

Au fil de leur conversation, Akutsu commence à replonger dans son passé. 37 ans plus tôt, il vivait avec Nana, une femme de six ans sa cadette, et son fils, Kensuke, dans un appartement délabré. Leur quotidien est marqué par la précarité, mais aussi par des instants de bonheur.

Jusqu’au jour où un événement irréversible vient bouleverser leur destin.

L’après et l’avant

Le Dernier souffle d’un yakuza nous parle de nos existences et de leurs fragilités. Oui, tout peut basculer en un clin d’œil. En ceci, le début du film est tout simplement parfait.

Le présent, c’est un homme âgé enfermé dans une cellule de prison. Le cœur vacillant, nous comprenons que le dernier souffle du titre n’est pas loin. Puis nous voyageons dans le temps pour nous retrouver en 1986. Alors une nouvelle maison, une femme, un bébé qui vient de naître.

Une situation qui a tout de l’image que beaucoup se font du bonheur.

La belle idée du scénario de Kazuya Konomoto, c’est cette balsamine qui parle à notre « héros » dans ses derniers instants. Cette fleur bourrue a néanmoins toujours été là, membre d’une grande famille de végétaux qui poussent à l’introspection sans jamais vraiment prendre de pincettes. Cette trouvaille narrative offre ainsi une belle singularité lyrique à un film se baladant souvent entre ombre et lumière.

Qu’est-ce qui fait que l’on est passé d’une situation lumineuse à une aussi sombre ? Là est tout le propos du long-métrage.

Le Dernier souffle d’un yakuza : cette éternelle tragédie du quotidien…

Akutsu nous est montré dans le passé comme un homme plutôt bon mais qui n’en oublie jamais ce qu’il est : le membre d’un clan de yakuzas. Pourtant, venu de nulle part, il sait que sa place dans l’organisation criminelle peut lui permettre de voir plus loin que l’existence simple qui est la sienne.

Il ne perd ainsi jamais son objectif premier qu’il répète à l’infini : retourner sa vie !

« Ne jamais abandonner avant le dernier coup. » dit-il lors d’une partie d’othello dont la défaite lui semble pourtant promise. Oui, il est prêt à tout pour soutenir Nana et son fils. L’homme se retrouve néanmoins aveuglé par le pouvoir que lui offre son activité illicite, bien que poussé par d’honorables enjeux qui se dévoilent petit à petit. Il n’utilise hélas pas les bonnes méthodes avec la conclusion que l’on connaît dès les premières images du film. Alors les regrets. Le destin qui punit.

Dans sa façon de raconter son aventure, on sent que l’inspiration d’un maître du cinéma japonais n’est jamais très loin.

« Takeshi, c’est toi ? »

L’intrigue du long-métrage mélange avec brio l’analyse humaine au film de mafia. En cela, Le Dernier souffle d’un yakuza fait en effet beaucoup penser au cinéma de Takeshi Kitano des années 90. Sonatine, L’été de Kikujiro, Kids return, ou Jugatsu nous montraient avec sensibilité -et même souvent une certaine poésie- l’envers du décor de la vie des malfrats.

Les petits questionnements quotidiens, la remise en cause de la morale, le respect et la solidarité entre les membres, la violence… Le long-métrage de Baku Kinoshita s’inspire de cette recette et en garde de nombreux ingrédients, avec cette tension entre les clans bien présente et qui tient en haleine.

Il est porté par une grande beauté esthétique.

Le Japon qui brille !

Le côté technique du film n’est en effet pas en reste. Visuellement magnifique, Baku Kinoshita nous ensorcelle de cette belle lumière estivale japonaise qu’il tâche parfois de subites gouttes de sang.

Rien d’étonnant venant du studio Clap a qui l’on doit dernièrement deux réussites : Pompo the cinephile et Tunnel to Summer.

Équilibre parfait entre film de mafia et comédie humaine, Le Dernier souffle d’un yakuza est un film brillant à l’histoire palpitante, porté par une grande beauté esthétique et une réalisation poétique.

À ne surtout pas manquer.

Distribué par Anime Limited, Le Dernier souffle d’un yakuza est à découvrir au cinéma en France dès le 27 mai 2026.

– Stéphane Hubert