Le city-pop (シティ・ポップ) désigne généralement un genre musical né au Japon entre la fin des années 1970 et les années 1980. Il se caractérise par un son urbain et raffiné, nourri d’influences jazz, AOR, funk ou disco. Évoquant à la fois l’éclat des années de la bulle économique et une nostalgie diffuse, cette musique séduit aujourd’hui bien au-delà des frontières japonaises, captivant des auditeurs du monde entier. Dans cet article, Yuki-chan a sélectionné pour vous dix titres emblématiques pour apprécier toute la richesse de la city-pop, des classiques mondialement connus aux perles plus confidentielles prisées des amateurs avertis. À la fois familière et résolument actuelle, bienvenue dans l’univers du city-pop !

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1 « Mayonaka no Door ~ Stay With Me » — Miki Matsubara

La redécouverte du city pop : l’éclat intemporel d’une voix rauque

Le premier titre que nous avons choisi est « Mayonaka no Door ~ Stay With Me » de Miki Matsubara. Même celles et ceux qui n’écoutent pas particulièrement de city pop l’ont sans doute déjà entendu au moins une fois. Sorti en 1979, le morceau n’avait pourtant pas rencontré, à l’époque, un succès retentissant…

Ce n’est qu’en 2020 que le morceau connaît soudain une réévaluation spectaculaire à l’échelle mondiale. Le titre se hisse à la première place du classement J-POP d’Apple Music dans douze pays et intègre le top 10 dans quarante-sept autres, un exploit inédit ! Symbole du renouveau du city-pop, cette chanson mérite que l’on s’y attarde et que l’on en explore les ressorts en détail.

À 19 ans, ses débuts : une jeune fille devenue légende du city pop

Fille d’une chanteuse de jazz, Miki Matsubara grandit au contact de la musique dès son plus jeune âge. Au lycée, influencée par le jazz et la pop, elle commence à jouer en groupe. Son talent est rapidement repéré et, en 1979, elle fait ses débuts à seulement 19 ans avec le single « Mayonaka no Door ~ Stay With Me ».

Dotée d’une voix étonnamment mature pour son âge et d’une sensualité marquée par des influences jazz et AOR (adult-oriented rock), elle se distingue nettement de l’idol pop naïve alors en vogue.

Dans les années 1990, elle oriente progressivement sa carrière de chanteuse vers la composition. Elle signe notamment des chansons pour des séries emblématiques de l’animation japonaise, dont des thèmes de Gundam ainsi que le générique de Ultraman Gaia, révélant l’étendue d’un talent résolument polyvalent.

Artiste : Miki Matsubara
Année de sortie : 1979
Paroles : Yoshiko Miura
Musique : Tetsuji Hayashi

Dès l’introduction, le son du piano électrique, le jeu feutré de la guitare en cutting et la légèreté du groove rythmique composent un paysage sonore qui fait surgir, comme une évidence, les lumières nocturnes de Tokyo à la fin des années 1970. Le refrain porté par la phrase « Stay with me… » possède un pouvoir d’accroche immédiat : une mélodie dont on ne se défait pas, où la mélancolie se mêle à une sensualité adulte.

La maturité vocale de Miki Matsubara, son timbre légèrement voilé et une maîtrise du chant difficilement imaginable chez une artiste de 19 ans, renforcent encore le charme du morceau. Écoutée dans le silence de la nuit, la chanson donne l’étrange impression de s’être glissé, l’espace d’un instant, dans le Tokyo des années 1980.

2 « SPARKLE » — Tatsurō Yamashita

L’aboutissement du city pop : un classique à l’ouverture irrésistible, idéal pour la route

« SPARKLE » de Tatsurō Yamashita est un titre incontournable dès lors que l’on évoque le city pop. Rythme alerte, enchaînements d’accords d’une grande finesse, travail des chœurs d’une précision exemplaire : la chanson incarne à elle seule ce que le genre a produit de plus accompli. Souvent qualifié de « point d’aboutissement du city pop », ce morceau invite à s’interroger sur la figure de Tatsurō Yamashita, l’artiste à l’origine de cette référence absolue.

Un musicien à l’esprit d’artisan jusqu’à l’extrême

Tatsurō Yamashita, né en 1953 à Tokyo, est auteur-compositeur-interprète et musicien. Profondément marqué par la pop et le rock américains des années 1960, il s’est imposé au Japon comme une figure de référence de l’a cappella et du doo-wop. Il est notamment connu pour sa technique dite de « l’a cappella en solo », qui consiste à superposer ses propres voix par enregistrements multiples.

Exigeant à l’extrême dans son approche de la création musicale, Yamashita est souvent salué pour un travail d’orfèvre, imperméable aux effets de mode et aux fluctuations de l’époque. Il lui arrive d’assurer seul l’ensemble du processus, de l’arrangement à la guitare, des programmations informatiques aux percussions. Une démarche qui lui vaut le qualificatif, souvent repris, de véritable « artisan du son ».

Artiste : Tatsurō Yamashita
Année de sortie : 1982
Paroles : Minako Yoshida
Musique : Tatsurō Yamashita

« SPARKLE » de Tatsurō Yamashita est l’un des titres emblématiques du city pop. Son son conjugue un raffinement urbain affirmé et une sensation d’évasion propre aux musiques de villégiature. Le cutting de guitare, incisif, porte nettement l’empreinte de l’AOR et de la fusion, et capte l’attention dès les premières mesures.

La rythmique, menée par une batterie et une basse pleines d’élan, installe un groove effréné qui évoque la fraîcheur d’une virée le long du littoral, cheveux au vent, en voiture décapotable. À cela s’ajoutent de superbes chœurs superposés, qui donnent de la profondeur à l’ensemble et laissent transparaître des influences doo-wop et R&B. Un morceau lumineux, débordant de liberté, qui s’impose naturellement comme une bande-son idéale pour la route.

3 « Plastic Love » — Mariya Takeuchi

Un city pop envoûtant, une mélodie onirique qui ouvre les portes de la nuit

Sorti en 1984, « Plastic Love » de Mariya Takeuchi n’avait pas connu, au Japon, un succès fulgurant lors de sa parution, à l’instar de « Mayonaka no Door » de Miki Matsubara. Pourtant, à la fin des années 2010, le titre connaît lui aussi un engouement mondial soudain sur YouTube et Spotify, cumulant des dizaines de millions d’écoutes et s’imposant comme un phénomène de long terme pour le moins exceptionnel.

Comment expliquer qu’une chanson ait ainsi traversé les décennies pour séduire tardivement des auditeurs aux quatre coins du monde ?

Une fabricante de chansons d’amour illusoires, écho des nuits urbaines…

Mariya Takeuchi est saluée non seulement comme auteure-compositrice-interprète, mais aussi pour la qualité de son travail d’écriture et de composition. Si son talent est reconnu dès ses débuts, elle s’accommode mal d’une promotion aux accents trop idol, au point de mettre un temps sa carrière musicale entre parenthèses. Son mariage, en 1980, avec Tatsurō Yamashita marque toutefois un tournant décisif. Sous sa direction artistique, elle reprend pleinement ses activités. Le sens aigu de l’AOR et de la soul music propre à Yamashita insuffle alors une nouvelle orientation à son œuvre.

« Plastic Love » s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Le morceau se distingue par des arrangements urbains et sophistiqués, et par une atmosphère résolument adulte, nourrie d’influences jazz et soul.

Artiste : Mariya Takeuchi
Année de sortie : 1984
Paroles et musique : Mariya Takeuchi
Arrangement : Tatsurō Yamashita

Dès l’introduction, le piano électrique aux sonorités douces, le cutting de guitare feutré et les cordes élégantes se fondent pour donner naissance à un city pop parfaitement abouti, imprégné de l’atmosphère adulte propre aux années 1980. La structure, volontairement simple, laisse place à une mélodie répétitive dont le pouvoir d’attraction incite à l’écoute répétée.

La voix de Mariya Takeuchi, plus retenue que flamboyante, privilégie une forme de calme presque effacé. En choisissant la sobriété plutôt que l’emphase, elle fait ressortir avec d’autant plus d’acuité la mélancolie du morceau. Murmurée, la phrase en anglais « I’m just playing games, I know that’s plastic love… » renforce encore cette ambiance urbaine. Nuit citadine, amour impossible à oublier, nostalgie du temps qui s’éloigne : la chanson installe une sensation singulière, comme une invitation à se laisser happer par le Tokyo des années 1980.

4 « Fly-Day Chinatown » — Yasuha

Un classique du city pop qui donne irrésistiblement envie de danser, résonnant dans les quartiers de néons

Porté par un beat léger et une mélodie accrocheuse, ce titre a le pouvoir, dès la première écoute, de mettre le cœur en fête et d’inviter spontanément à la danse. Évoquant un voyage dans le temps vers les nuits de Yokohama des années 1980, « Fly-Day Chinatown » conserve aujourd’hui encore une fraîcheur intacte. Derrière ce son exotique et cette voix immédiatement mémorable, qui est donc Yasuha ?

Yasuha, tracer sa voie musicale au sein d’une famille du spectacle

Yasuha est la fille du grand rakugoka de l’ère Shōwa, le premier Sanpei Hayashiya. Un fait bien connu au Japon, souvent éclipsé par une couverture médiatique davantage focalisée sur ses singularités personnelles que sur son travail artistique. Cataloguée comme issue d’une « famille du divertissement » ou d’une « lignée du rire », elle n’en demeure pas moins une musicienne à part entière.

Ses qualités de chanteuse, de compositrice et son rapport à la chanson relèvent pleinement de l’auteur-compositeur-interprète. « Fly-Day Chinatown », son titre emblématique, aurait été enregistré, selon ses propres mots, en une seule prise, dès la première tentative. Un morceau presque miraculeux, né d’une artiste au tempérament instinctif, où transparaît même un esprit rock. Atmosphère dépaysante, son urbain et sophistiqué, timbre singulier de Yasuha : l’ensemble s’assemble pour créer un univers sans équivalent.

Artiste : Yasuha
Année de sortie : 1981
Paroles : Toyohisa Araki
Musique : Yasuha

« Fly-Day Chinatown » dresse le portrait saisissant d’un paysage urbain empreint d’exotisme. Dès l’introduction, l’ambiance jazzy, la ligne de basse rythmée et la légèreté des cuivres installent le décor d’une nuit citadine sophistiquée typique des années 1980. Le contraste entre un tempo enlevé, qui donne envie de se laisser porter par le rythme, et des paroles chargées d’une sensualité presque distante confère au morceau une atmosphère digne d’une scène de cinéma. Lors d’une nuit solitaire, lassé par le tumulte ambiant, s’abandonner à cette chanson peut donner l’illusion troublante de se fondre dans les rues d’une ville étrangère.

5 « Ruby no Yubiwa » — Akira Terao

Une chanson d’amour adulte, où se croisent mélancolie et affection

S’il est un titre emblématique du city pop connu de tous au Japon, c’est bien l’immense succès d’Akira Terao, « Ruby no Yubiwa ». En chantant une séparation douloureuse à l’âge adulte sur une mélodie aux accents jazzy, le morceau tranchait nettement avec la chanson populaire qui dominait alors les écrans de télévision. L’attachement durable qu’il suscite tient aussi, sans doute, au parcours singulier de son interprète.

Un artiste rare, entre carrière musicale et succès à l’écran

Akira Terao s’est illustré aussi bien comme musicien que comme acteur. À l’époque où « Ruby no Yubiwa » connaît un succès retentissant, il est également à l’affiche de la série télévisée culte Seibu Keisatsu, qui rencontre un immense engouement. Le policier qu’il y incarne, toujours vêtu de lunettes Ray-Ban et affichant une attitude légèrement désabusée, dégage une nonchalance élégante qui correspond parfaitement à l’esthétique du city pop. Cette résonance entre musique et image a sans doute contribué à l’ancrage du genre comme bande-son de toute une époque.

Année de sortie : 1981
Paroles : Takashi Matsumoto
Musique : Akira Terao

« Ruby no Yubiwa » est une chanson marquante, qui évoque la mélancolie et un amour profond à travers une mélodie simple et d’une grande beauté, capable de toucher durablement l’auditeur. Dès l’introduction, le piano électrique discret et la guitare font ressurgir les souvenirs d’un amour révolu, tandis que l’émotion gagne en intensité à l’approche du refrain.

La « bague en rubis », cadeau offert à l’être aimé, devient un symbole chargé, rappelant un amour perdu et le temps qui s’est écoulé, et fait naître une émotion à la fois douce et douloureuse. Les paroles « Le dos voûté, tu as retiré la bague de ton doigt / Si tu comptais me la rendre, alors jette-la » associées à la voix empreinte de tristesse de Terao, incarnent avec justesse le chagrin discret d’un adulte qui feint l’indifférence. Une chanson qui sait accompagner, avec retenue, les nuits silencieuses du cœur brisé.

6 « Down Town » — EPO

Une chanson pop légère, imprégnée d’une élégance urbaine

Le city pop est souvent associé à des morceaux qui dépeignent les nuits de la ville ou chantent, avec mélancolie, la fin des histoires d’amour. « Down Town » d’EPO se distingue toutefois par une tonalité légèrement différente. Mélodie lumineuse et enjouée, atmosphère résolument citadine : le titre réussit à fusionner ces éléments avec finesse, condensant l’essence même du city pop en une seule chanson. Les arrangements, à la fois simples et soignés, offrent une sensation de fluidité qui donne l’impression d’être entraîné au cœur d’une agitation urbaine douce et familière.

Une mélodie douce et accessible, portée par le souffle de la ville

EPO s’est imposée comme une auteure-compositrice-interprète à part sur la scène musicale japonaise des années 1980. « Down Town » est à l’origine un titre du groupe Sugar Babe, mais la reprise qu’elle en propose en révèle une nouvelle facette. Sa voix, d’une clarté cristalline tout en restant chaleureuse, apporte des couleurs inédites à l’univers du morceau. Dans « Down Town » en particulier, ce chant léger s’accorde parfaitement aux paysages urbains évoqués, insufflant à l’auditeur une sensation d’élan et de légèreté. Ce style vocal, immédiatement reconnaissable, s’est distingué au sein du mouvement city pop et a influencé de nombreux artistes par la suite.

Artiste : EPO
Année de sortie : 1980 (version reprise)
Paroles : Takashi Matsumoto
Musique : Tatsurō Yamashita

« Down Town » exprime avec justesse l’excitation et la légèreté ressenties au milieu de l’effervescence urbaine. L’arrangement enjoué, porté par la voix fraîche d’EPO, capte instantanément l’attention. Son timbre dégage une sensation de fraîcheur, comme une brise traversant la ville, capable de redonner de l’énergie même aux esprits les plus fatigués. La rencontre entre cette voix singulière et le cutting de guitare, vif et précis, crée un équilibre subtil qui donne au morceau une véritable profondeur. Écoutée en arpentant les rues, la chanson laisse naître l’impression que chaque coin de la ville recèle une découverte possible. Un titre qui distille une énergie résolument positive.

7 « Kanashimi ga tomaranai » — Anri

Une ballade éternelle du city pop, qui illumine les nuits urbaines

Parmi les titres de city pop à l’atmosphère la plus romantique et mélancolique, « Kanashimi ga tomaranai » d’Anri occupe une place à part. Décrivant les amours citadines des années 1980, ce morceau peut être vu comme une fusion entre l’AOR japonais et le city pop. Il continue aujourd’hui encore d’être célébré comme un classique incarnant l’idée même de « l’amour adulte ».

Une succession de tubes, figure motrice du Japanese City Pop des années 1980

Anri fait ses débuts en 1978, à seulement 17 ans. La même année, « Olivia o kikinagara » devient un succès durable. Au début des années 1980, elle enchaîne les grands hits avec « Omoikiri American » (1982), « CAT’S EYE » (1983) et « Kanashimi ga tomaranai » (1983). Des singles aux tonalités très différentes, qui témoignent de l’étendue de son registre artistique.

Artiste : Anri
Année de sortie : 1983
Paroles : Kan Chinfa
Musique : Tetsuji Hayashi

Une nuit où scintillent les néons de la ville. Une femme, immobile, un cocktail à la main, se dessine à l’esprit. C’est là toute l’essence de cette chanson. « Je regrette encore aujourd’hui de t’avoir présenté cette femme. » Oui, ce titre se distingue par des paroles qui racontent la peine d’une femme à qui l’on a volé l’homme qu’elle aimait. À rebours de cette tristesse presque poisseuse qui affleure dans le texte, le son élégant, porté par l’éclat de la trompette, insuffle une sophistication urbaine au chagrin. La voix d’Anri, à la fois limpide et profonde, légèrement voilée, vient renforcer cet univers. Il ne s’agit pas d’une simple chanson de rupture, mais du récit d’une femme adulte qui laisse transparaître sa douleur tout en conservant une forme de distance et de maîtrise propre aux Japonais.

8 « Kimi wa tennen shoku » — Eiichi Ohtaki

Le sommet du city pop : un chef-d’œuvre pop aux couleurs éclatantes

Quand on évoque le city pop, on pense souvent à des morceaux cool et sophistiqués, évoquant les nuits urbaines. Mais parmi eux, une chanson se distingue nettement, irradiant d’une singularité rare, avec une force nostalgique et des couleurs presque picturales. Il s’agit de « Kimi wa tennen shoku » d’Eiichi Ohtaki. Ce titre, qui n’a rien perdu de son éclat avec le temps, comment a-t-il vu le jour ?

Un producteur et chanteur qui a révolutionné la pop japonaise

Figure fondatrice de la J-pop, Ohtaki plonge aux sources de sa musique dès l’adolescence. Il fabrique lui-même son poste de radio, capte les émissions de la Far East Network des forces américaines et de Nippon Broadcasting, puis se met à collectionner les disques. Il écoute et analyse en profondeur les morceaux d’Elvis Presley ou des Beach Boys, affinant peu à peu sa propre recherche musicale. Face au « Wall of Sound » popularisé par Phil Spector, Ohtaki ambitionne de créer son propre univers, le « Niagara Sound » : des cuivres amples, des chœurs luxuriants, une pop généreuse qui insuffle un vent nouveau sur la scène japonaise.

Cette quête musicale inlassable trouve son aboutissement dans « Kimi wa tennen shoku ». Mais la chanson est aussi marquée par un autre épisode essentiel, lié aux sentiments de son parolier, Takashi Matsumoto.

Au moment de l’écriture, Matsumoto traverse une période de profonde stagnation créative : il vient de perdre sa sœur cadette, avec laquelle il était très proche. Accablé par le chagrin, il a le sentiment que le monde a perdu ses couleurs. C’est de là qu’est née la phrase emblématique du morceau : « Les souvenirs sont monochromes ». Dans cet univers décoloré, il raconte avoir aperçu une belle personne, ressentant soudain comme un retour des couleurs. « Quand quelqu’un meurt, le paysage perd ses couleurs. Peu importe lesquelles, je voulais qu’on les lui redonne. » Ce désir s’est fondu avec la musique éclatante d’Ohtaki pour donner naissance à un chef-d’œuvre unique.

Artiste : Eiichi Ohtaki
Année de sortie : 1981
Paroles : Takashi Matsumoto
Musique et arrangements : Eiichi Ohtaki

Une mélodie vive et entraînante, des paroles empreintes de mélancolie : l’équilibre est parfait. Les arrangements généreux et les chœurs puissants, signature d’Ohtaki, dessinent un paysage aux couleurs éclatantes. Léger et rafraîchissant, le son dégage pourtant une nostalgie diffuse, d’un charme singulier. Un city pop éternel, qui ne se démode pas avec le temps. À chaque écoute, il teinte l’âme de nouvelles nuances et lui rend son éclat.

9 « Tokai » — Taeko Onuki

Le raffinement intellectuel du city pop : un chef-d’œuvre qui esquisse, avec poésie, le Tokyo des années 1980

Le city pop évoque souvent des morceaux flamboyants, portés par une sensation de vitesse et d’évasion. À contre-courant de cette image, « Tokai » de Taeko Onuki s’impose par sa singularité. Loin des rues baignées de néons, la chanson explore le silence et la solitude de la ville, et s’est imposée comme une œuvre majeure du genre, incarnant sa dimension la plus intellectuelle et artistique.

Une poétesse musicale de la ville, aux accents oniriques

Taeko Onuki débute sa carrière au début des années 1970 au sein de Sugar Babe, aux côtés notamment de Tatsuro Yamashita. Mais son univers musical dépasse rapidement le cadre du groupe, et elle s’affirme en solo avec un monde bien à elle. Chez elle, on trouvait des disques de musique classique comme de chants militaires ; dès l’enfance, elle s’est imprégnée de musiques de tous horizons. Fortement marquées par le classique et le jazz, ses compositions dégagent une atmosphère légèrement exotique, tout en conservant une chaleur discrète, comme si elles venaient se poser en douceur sur les nuits tokyoïtes.

Artiste : Taeko Onuki
Année de sortie : 1977
Paroles et musique : Taeko Onuki

Dès l’introduction, la progression d’accords, d’une grande limpidité, dessine un paysage urbain nocturne, calme et ouvert. La voix de Taeko Onuki se distingue, dans le city pop, par une transparence et une délicatesse rares. Son chant, presque neutre et détaché, accentue le caractère distant et fermé propre à la ville. L’alliance entre le son épuré et élégant de « Tokai » et ce timbre légèrement las résonne aujourd’hui avec une justesse saisissante dans le renouveau contemporain du city pop.

10 « Chūō Freeway » — Yumi Matsutoya (Yumi Arai)

À l’origine du city pop, un chef-d’œuvre de la chanson de route reliant la ville à la banlieue

Pour conclure cette sélection, voici un morceau que les initiés connaissent bien : « Chūō Freeway » de Yumi Matsutoya. Considérée comme un classique du « drive song » reliant le centre-ville à la périphérie, cette chanson est depuis longtemps tenue pour une œuvre majeure. En se laissant porter par la voix ample et aérienne de la chanteuse, on a presque l’impression de quitter la ville pour filer vers la banlieue, grisé par un sentiment de liberté.

La magie intemporelle de Yumi Matsutoya

Yumi Matsutoya est une artiste dont beaucoup ont découvert la musique à travers les films du studio Ghibli. « Rouge no Dengon » et « Yasashisa ni Tsutsumareta Nara » accompagnent Kiki la petite sorcière, tandis que « Hikōki-gumo » se fond avec une justesse remarquable dans l’univers du Vent se lève, touchant profondément le public.

Débutant en 1972, à une époque où la scène musicale japonaise était dominée par le folk, elle a enchaîné des compositions d’une sophistication étonnante. Ses chansons, à la fois urbaines et traversées d’une nostalgie diffuse, entraînent l’auditeur dans un univers singulier. On y retrouve aussi une forte dimension introspective, proche du roman autobiographique. Nombre de ses morceaux sont de véritables « chansons-paysages », capables de transmettre, à la seule écoute, l’atmosphère et même la température d’un lieu. « Chūō Freeway » en est l’exemple le plus emblématique.

Artiste : Yumi Matsutoya
Année de sortie : 1976
Paroles et musique : Yumi Matsutoya
Arrangement : Masataka Matsutoya

« Chūō Freeway, à droite l’hippodrome, à gauche l’usine de bière. »
Dès cette première ligne, le texte, qui découpe le paysage tel quel, transporte instantanément l’auditeur sur place. L’expérience de quitter la ville pour aller ailleurs, soutenue par une mélodie rythmée dès l’introduction et par la voix ample de la chanteuse, confère à la chanson sa fraîcheur et son sentiment de liberté. Un morceau qui s’impose, à tous points de vue, comme la bande-son idéale pour la route.


Bien plus qu’un simple genre musical, le city pop incarne une culture façonnée par le souffle des grandes villes du Japon, l’atmosphère nocturne et l’air de la transition vers la modernité. Certains peuvent y voire une forme d’isolement qui en découle, écho de nos vies urbaines ultra-connectées. D’autres ressentent la nostalgie d’une vie qu’ils n’ont pas connue. En écoutant ces dix chansons, des émotions passées et oubliées ressurgissent avec netteté, éveillant un sentiment à la fois nostalgique et résolument neuf. Que pensez-vous de cette sélection de dix titres de city-pop ? Pouvez-vous m’en faire découvrir d’autres ?

– Yuki

BONUS

Références :

カルチャ:ticketjam
ARTIST-ROOTS.COM
音楽好きの今の話と昔の話:bandnad
Re:minder
Real Sound: Réévaluation dans le cadre du « deuxième boom de la city pop » : Anri et Meiko Nakahara attirent l’attention grâce à la diffusion en haute résolution
Real Sound:City Pop (Re)Introduction : Taeko Onuki « SUNSHOWER » Un album culte qui a gagné en popularité au fil du temps et qui est devenu un classique intemporel.
Real Sound:Introduction (ré)à la city pop : Yumi Arai, « COBALT HOUR » – Un chef-d’œuvre digne du début fastueux de l’histoire de la city pop
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