« Sous le ciel de Kyoto » s’épanche sur un duo pas comme les autres qui voient le monde sous un prisme différent. Drames et moments de grâce s’y affrontent enveloppés dans un écrin poétique.

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Sous le ciel de Kyoto est un film écrit et réalisé par Akiko Ohku (Tempura).

Nous y suivons Toru, dont la vie à Kyoto est rythmée entre l’université et un petit boulot dans des bains publics. Le jeune Japonais garde toujours ses parapluies à portée de main, tels des boucliers contre le monde extérieur.

Quand il rencontre Hana, mystérieuse, lumineuse, fragile, une évidence naît entre eux. Elle lui apprend à apprécier les hasards de la vie, avec la part de risque qui s’y accompagne. Aura-t-il le cœur assez accroché pour y survivre ?

De l’étrangeté poétique

Toru ne se sépare ainsi jamais de son parapluie, métaphore parfaite de ce mur qu’il érige autour de lui. Car, à ses yeux, le monde extérieur est synonyme de danger, de regard qui jugent et d’incompréhension. Alors il s’en protège. Pour ne pas souffrir. Pour devenir invisible.

Puis apparaît Hana, mystérieuse inconnue qui le subjugue. Oublié, le mur ! Que valse le parapluie ! C’est un autre monde qui lui ouvre les bras quand la jeune femme l’accueille dans son univers.

La réalisatrice a le chic pour tisser de belles histoires poétiques. Son duo multiplie ainsi les étrangetés complices. S’amuse des hasards. Le spectateur, lui, est aussi heureux qu’eux qu’ils se soient trouvés. Il se balade en leur compagnie en témoin privilégié de cette rencontre marquée par le sceau du destin. Une sensation de bonheur, d’insouciance et de légèreté flotte ainsi autour de nos tourtereaux que rien ne semble alors pouvoir égratigner.

C’est hélas sans compter sur les griffes du temps qui, inexorablement, avance sans prévenir des drames qu’il garde malicieusement au chaud dans sa besace.

Sous le ciel de Kyoto : puis viennent les nuages

Tout comme elle l’avait fait avec Tempura, Akiko Ohku tisse en effet un scénario qui nous ramène abruptement à la dure réalité de la vie. Si sa première moitié est bercée d’une poésie et d’un optimisme qui réchauffent, que dire de la deuxième…

Oui, nos existences sont traversées de magnifiques moments. Oui, on sourit beaucoup, mais on pleure aussi. Sous le ciel de Kyoto nous fera lui aussi pleurer. Par certains passages de son histoire et par l’interprétation de celles et ceux qui les hantent.

Riku Hagiwara joue parfaitement l’étrangeté, la folie douce et la souffrance. Rumi Kawai, elle, confirme la place grandissante que son talent va prendre dans le cinéma japonais après ses performances déjà notables dans Look Back, Renoir et encore plus Desert of Namibia.

La réalisatrice prend des risques, et ils payent au centuple !

Quand la vérité explose…

Par le choix de plans séquences habités, les acteurs nous offrent ainsi plusieurs séquences à la sensibilité foudroyante. Le spectateur se prend la vérité et le courage de la souffrance émotionnelle en pleine face. Sans filtre, le cœur posé sur la route, les mots nous terrassent.

Mention spéciale à Aoi Itô dont la prestation nous tétanise dans une scène amenée à devenir culte. L’âme nue. Perdue dans un sublime désespoir romantique. Inoubliable. Tout simplement.

Sous le ciel de Kyoto est un film qui foudroie par sa puissance émotionnelle. Son trio d’acteurs principaux offre des partitions de très haut vol. Passant du rire aux larmes, son scénario aussi poétique que sombre nous rappelle combien le hasard peut en une seconde fracasser l’équilibre de nos vies.

Parfois pour le pire, d’autres pour le meilleur. À nous de jongler avec les drôles de balles que nous envoie le destin.

Distribué par Art House, Sous le ciel de Kyoto est à retrouver au cinéma en France à partir du 22 juillet.

– Stéphane Hubert