L’univers des geikos et maikos de Kyoto est particulièrement codifié, jusque dans les moindres détails, ainsi que nous avons pu le décrire dans de précédents articles. Outre les étapes qui jalonnent le parcours personnel d’une apprentie, la vie d’un hanamachi est rythmé par des évènements tout au long de l’année. Certains d’entre eux sont même l’occasion pour le grand public d’admirer ces artistes et leur art en dehors du cercle fermé de leur clientèle. Voici un tour d’horizon des principaux temps forts de l’année pour les habitantes des hanamachis kyotoïtes.

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Shin Aisatsu 新挨拶

Les geikos et maikos débutent la nouvelle année par une visite chez leurs professeurs, les okiya et les ochaya avec lesquelles elles sont liées pour leur présenter leurs vœux.

A cette occasion, elles ont revêtu le kuromontsuki (kimono noir à 5 armoiries), leur tenue la plus formelle, portée notamment pour les débuts d’une maiko et d’une geiko. Jusqu’à la mi-janvier, elles piquent un épi de riz (‘inaho Kanzashi’) dans leur coiffure dont elles donneront quelques grains porte-bonheur à un client en signe de prospérité à venir.

A noter que la date de cette tournée varie selon le hanamachi. Ainsi, elle a lieu le 4 janvier à Kamishichiken et Pontocho, le 5 à Miyagawacho, le 6 à Gion Higashi et le 7 à Gion Kobu.

Shigyôshiki 始業式

Il s’agit de la cérémonie annuelle du commencement qui marque officiellement le début de la nouvelle année. Elle se déroule le 7 janvier sauf à Kamishichiken où elle se tient le 9 janvier.

Shigyôshiki à Gion Kobu en 2009. Source : Onihide ; flickr

Toutes les geikos & maikos se réunissent dans le théâtre de leur hanamachi. Les plus populaires et les plus assidues aux cours sont distinguées.

A Gion Kobu, la cérémonie se termine par une danse purificatrice Yamatobumi 倭文 effectuée par Yachiyo Inoue V, la grande maîtresse de l’école de danse Inoue et Trésor national vivant.

Hatsu Ebisu 初恵比寿

Le 11 janvier, au sanctuaire Ebisu, deux paires de maikos (toujours de Gion Kobu et de Miyagawacho) distribuent des bambous porte-bonheur Fukuzasa aux fidèles.

Maiko Satono de Miyagawacho en 2010. Source : Onihide ; flickr

Hatsuyori 初寄り

Un évènement propre à Gion Kobu. Le 13 janvier, les maikos et geikos rendent visite à Yachiho Inoue V pour lui présenter personnellement leurs vœux du Nouvel An et s’engager à se perfectionner dans la danse. Pour l’occasion, elles portent le kimono formel, mais de couleur cette fois, l’iromontsuki.

Hatsuyori à Gion Kobu en 2010. Source : Onihide ; flickr

Setsubun 節分

Entre le 2 et le 4 février, c’est la célébration de l’ancien Nouvel An lunaire. Pour l’occasion, on jette des haricots de soja pour faire fuir les mauvais esprits et inviter la chance. Les maikos et geikos effectuent ce rituel en public et exécutent également des danses dédicatoires.

Maiko Miharu de Gion Higashi, Setsubun 2010. Source : Onihide ; flickr

Les membres de Kamishichiken se produisent au tout proche sanctuaire Kitano Tenmangu auquel ce quartier est lié, alors que celles des autres hanamachis sont présentes au sanctuaire Yasaka.

Obake お化け

Le soir du Setsubun, la tradition veut que des maikos & geikos se costument et préparent des numéros humoristiques (inspirés du théâtre traditionnel ou de la pop-culture) qu’elles exécutent en groupe de deux à quatre membres.

Elles font le tour des ochaya pour les présenter à un maximum de banquets. Ces petits spectacles éphémères ne peuvent être vus que ce soir-là, les réservations pour des ozashiki sont pleines longtemps en avance.

Baikasai 梅花祭 

C’est le festival en l’honneur des pruniers en fleurs. Le 25 février, au sanctuaire Kitano Tenmangu, les maikos et les geikos de Kamishichiken tiennent une cérémonie du thé en plein air. Cette date commémore aussi l’anniversaire de la mort de Michizane Sugawara, célèbre savant et politicien reconnu pour son talent littéraire à l’époque Heian.

Maikos Ichiteru, Naokazu et Umehisa, geiko Katsuya, Baikaisai 2010. Source : Onihide ; flickr

Reitaisai Hônô Buyô Matsuri 平安神宮例大祭奉納舞踊

Le 16 avril a lieu le festival Reitaisai Hônô Buyo qui célèbre l’arrivée du printemps. A cette occasion des maikos de Gion Kobu, Pontocho, Miyagawacho et Gion Higashi offrent une danse aux divinités du sanctuaire Heian.

Les festivals de danse Odori をどり du printemps

Au printemps, quatre des cinq hanamachis de Kyoto tiennent leur principal Odori au théâtre kaburenjo de leur district. Les dates peuvent varier (en raison de travaux au kaburenjo, le Kyo Odori 2025 a été annulé par exemple) mais on retrouve généralement :

-le Kitano Odori 北野をどり, du 20 mars au 2 avril à Kamishichiken.
-le Miyako Odori 都をどり, du 1er au 30 avril à Gion Kobu.
-le Kyo Odori 京をどり, du premier au troisième samedi d’avril à Miyagawacho.
-le Kamogawa Odori 鴨川をどり, du 1er au 24 mai à Pontocho.

Finale ‘Yakyoku’ du Kitano Odori 2009. Source : Onihide ; flickr

C’est l’occasion parfaite pour le grand public d’assister aux performances de maikos et geikos sur scène d’autant que ces Odori présentent un nouveau thème chaque année. Dans les jours suivants la clôture de son Odori, chaque hanamachi se rendra au sanctuaire présenter ses remerciements (Oreimairi お礼参り) aux divinités pour son succès.

Kankame Inari Jinja Yoimiya Matsuri 観亀稲荷神社宵宮祭

Le deuxième mercredi de mai, maikos et geikos de Gion Higashi prient au sanctuaire Kankame Inari ‘Kanki’ et participent à la parade. Lors des festivités du soir, elles dansent et servent des boissons au public.

Gion Hôjôe Matsuri 祇園放生会

Le 3 juin, deux maikos de Gion Kobu participent à relâcher 2 000 poissons dans la rivière Shirakawa à partir du pont Tatsumi. Cela en signe de gratitude envers toutes les créatures vivantes.

Miyako no Nigiwai 都の賑い

Un spectacle de danse qui associe les cinq hanamachis pour deux représentations le dernier weekend de juin. La performance se divise en six actes. Les cinq premiers sont joués par des geikos, un par hanamachi. Et le dernier réunit les vingt maikos (quatre par hanamachi) rejointes par les geikos pour le final.

Maikos Mameyuri, Kosen, Sayaka et Sakiko de Gion Kobu, Miyako no Nigiwai 2010. Source : Onihide ; flickr

Kamishichiken Beer Garden 上七軒ビアガーデン

Pour mieux supporter la chaleur de l’été, Kamishichiken vous propose de déguster une bière dans le jardin de leur kaburenjo entre le 1er juillet et début septembre. Vêtues d’un yukata, maikos et geikos font le service et discutent quelques moments avec les clients. Depuis quelques années, Pontocho tient aussi une Beer Garden en août.

Geiko Naosome et maiko Ayano en visite, en 2009. Source : Onihide ; flickr

Miyabi-kai Osendo みやび会

Le 7 juillet, les maikos et geikos de Gion Kobu, sous la conduite de Yachiho Inoue, se rendent au sanctuaire Yasaka prier pour le perfectionnement de leur danse. Elles sont toutes vêtues du même yukata dont le motif change chaque année.

Miyabi-kai Osendo 2010. Source : Onihide ; flickr

Gion Matsuri 祇園祭

En juillet, Kyoto célèbre le Gion Matsuri, un des plus importants festivals du Japon. Quatre hanamachi y participent par pair et en rotation : Miyagawacho avec Gion Kobu ; Gion Higashi avec Pontocho. Le 24 juillet, quelques maikos et geikos choisies dans ces deux quartiers prennent place dans un char pour la parade Hanagasa Junko 花傘巡行.

Danse ‘Suzume Odori’ par des maikos de Gion Kobu, Gion Matsuri 2010. Source : Onihide ; flickr

Elles montent également sur scène au sanctuaire Yasaka, chaque quartier ayant sa danse et sa tenue caractéristique. Pour Gion Kobu, il s’agit du Suzume Odori, pour Gion Higashi du Komachi Odori, pour Pontocho du Tsuyama no tsuki odori/Kabuki Odori, et pour Miyagawacho du Konchiki Ondo.

Hassaku 八朔

Le 1er août, les maikos et geikos de chacun des cinq hanamachi visitent les commerçants, leurs professeurs, les ochayas et les okiyas auxquelles elles sont affiliées pour les remercier de leur soutien tout au long de l’année. Alors que leurs consœurs portent des kimonos discrets, de type komon ou iromuji, les membres de Gion Kobu portent un kuromontsuki en soie légère. C’est d’ailleurs le seul jour de l’année où ce kimono est porté.

Hassaku à Gion Kobu en 2010 Source : Onihide ; flickr

Bon Odori 盆踊り

Début août, maikos et geikos de Kamishichiken célèbrent la fête de l’O-bon en prenant part à la parade et aux danses.

Maikos Umeraku, Umeyae, et Umehisa derrière. Source : Onihide ; flickr

Takasegawa Fune Matsuri 高瀬川舟まつり

Le 22 ou 23 septembre, deux maikos de Pontocho participent au festival des bateaux de la rivière Takase. Elles bénissent les bateaux y naviguant et président ensuite une cérémonie du thé.

Les festivals de danse Odori をどり de l’automne

Gion Higashi est le seul hanamachi à tenir à l’automne son principal spectacle de danse, le Gion Odori 祇園をどり, du 1er au 10 novembre.

Maikos Ryôka, Kotomi, Kanoyumi, Miharu, Kanoyuri & Kanoka, Gion Odori 2009. Source : Onihide ; flickr

Les spectacles des quatre autres hanamachi sont plus confidentiels, s’adressant plus particulièrement à des connaisseurs. Gion Kobu a son Onshukai 温習会 , Kamishichiken son Kotobukikai 寿会 , Miyagawacho son Mizuekai みずゑ會 et Pontocho son Suimeikai 水明会. Les dates de ces représentations varient chaque année, au cours du mois d’octobre.

Maikos Kotoha, Katsufumi et Mamechiho, Onshukai 2008. Source : Onihide ; flickr

Zuiki Matsuri 瑞饋祭 / ずいき祭

Le 4 octobre, un défilé de palanquins omikishi parcourt les rues de Kamishichiken. Rattachée au sanctuaire Kitano Tenmangu, cette fête en remercie la divinité pour l’abondance des moissons. Les maikos et geikos se tiennent devant leur okiya pour saluer le défilé.

Geiko Katsue, Maikos Naokozu et Katsuru, geiko Satoyuki, Zuiki Matsuri 2009. Source : Onihide ; flickr

Jidai Matsuri 時代祭

Le 22 octobre se tient le Festival des Âges, avec son immense parade des costumes traditionnels de l’époque Heian à l’époque Meiji. Des maikos et geikos prennent part au défilé en incarnant les rôles de femmes célèbres telles la poétesse Ono no Komachi ou la guerrière Tomoe Gozen (incarnée ci-dessous en 2019 par Ichimame, geiko de Pontocho).

Kanikakunisai かにかくに祭

Cette cérémonie a lieu le 8 novembre à Gion Kobu, en mémoire du célèbre poète Yoshii Isamu qui aimait profondément le quartier de Gion.

Ce jour-là, une à trois maikos et une geiko du quartier fleurissent de chrysanthèmes son monument commémoratif sur lequel on peut lire ce poème de sa composition :

Kanikakuni,
Gion wa Koishi.
Nuru toki mo
Makurano Shita wo Mizu no Nagaruru.

Peu importe ce qu’ils disent,
j’aime Gion.
Même dans mon sommeil,
le bruit de l’eau
coule sous mon oreiller.

Iwai Mai 祝舞

A la mi-novembre, des maikos de Kamishichiken se produisent sur scène au sanctuaire Kitano Tenmangu en l’honneur des divinités.

Maikos Naokazu & Ichiteru, Iwai Mai 2009. Source : Onihide ; flickr

Gion Kouta Matsuri 祇園小唄祭

Le 23 novembre au parc Maruyama, deux maikos (chaque année d’un hanamachi différent) récitent les paroles de la célèbre ballade Gion Kouta 祇園小唄 en hommage à son créateur Mikihiko Nagata. Puis elles déposent des fleurs devant la pierre commémorative où les paroles sont gravées.

Kaomise Soken 顔見世総見

Début décembre, chaque hanamachi se rend à tour de rôle au théâtre Minamiza pour assister aux premières représentations de Kabuki de la saison. Les maikos vont rencontrer les acteurs pendant l’entracte pour faire dédicacer leur kanzashi de décembre.

Geiko Makiko et maiko Keiko, Kaomise Soken 2009. Source : Onihide ; flickr

Kotohajime 事始め

Le 13 décembre, geikos & maikos vont présenter leurs respects à leurs professeurs. A Gion Kobu, Yachiyo Inoue V remet à chacune un éventail correspondant à leur niveau de danse. Et elle reçoit de leur part un Kagami mochi, ce gâteau formé de deux mochi superposés et surmontés d’un daidai (orange amère japonaise).

Gion Kobu, Kotohajime 2009. Source : Onihide ; flickr

Okotô-san おことうさん

Le 30 décembre à Gion Kobu et Miyagawacho, maikos & geikos rendent visite aux ochaya et saluent les propriétaires avec la formule « Okotô-san dosu » (Okotô-san signifie « un moment très occupé avec beaucoup de choses à faire »). En échange, elles reçoivent des Fukudama 福玉, de grosses boules en papier de riz contenant de petits présents en guise de cadeaux du Nouvel An. Les Fukudama peuvent aussi leur être offertes par des clients.

Maiko Ayano de Gion Kobu avec un Fukudama. Source : Onihide ; flickr

Okera Mairi おけら詣り

Enfin, le 31 décembre termine l’année avec l’Okera Mairi. Les maikos & geikos de Gion Kobu et Miyagawacho vont prier au sanctuaire Yasaka. Du moins, celles qui ne sont pas retournées dans leur famille pour profiter de quelques jours de vacances.

Grâce à un morceau de corde, elles en rapportent une flamme porte-bonheur pour allumer le premier feu de l’année. Et le cycle de recommencer.

S. Barret

Photo d’en-tête : Gion Odori 2010, Onihide ; flickr

Toutes les photos de cet article sont issues d’un même compte flickr, en mémoire à son défunt propriétaire.