Dans « Hikikomori Pilgrimage », cinq Japonais reclus retrouvent goût à la vie en entreprenant un pèlerinage pas comme les autres. Un reportage inspirant et révélateur d’une société japonaise exigeante.

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Hikikomori Pilgrimage est un documentaire produit par la NHK.

Nous y suivons cinq jeunes hommes venus de tout le Japon, autrefois retirés de la société – un phénomène connu sous le nom d’hikikomori. Ensemble, ils embarquent pour un pèlerinage de 1 200 kilomètres autour de l’île de Shikoku, dans un voyage de découverte de soi.

Quatre murs pour s’oublier

Hikikomori est le terme japonais utilisé pour désigner les individus qui se sont retirés de la vie éducative, professionnelle et sociale. Ces derniers restent enfermés dans leur chambre ou leur appartement et refusent catégoriquement d’en sortir. Ils sont entièrement dépendants d’autres personnes désarmées.

Hikikomori Pilgrimage 2

Il faut dire que la situation peut durer de longues années, voire des décennies. Ce phénomène est un véritable problème social moderne au Japon, touchant plus de 1,5 million de personnes sur l’archipel.

Et les raisons qui poussent à cet isolement ne sont pas toujours les mêmes d’un individu à l’autre.

Hikikomori Pilgrimage : revenir enfin à la vie

Qu’est-ce qui peut ainsi pousser autant de Japonais à ce confinement total ? Dans Hikikomori Pilgrimage, nous apprenons qu’elles sont multiples et très symptomatiques d’une société japonaise éprouvante et exigeante. Le regard des autres et la pression sociale pèsent ainsi encore et toujours sur tous, poussant certains dans les abîmes.

Koichi, par exemple, fait partie d’une famille de docteurs. Sa route était donc toute tracée malgré lui : il serait lui aussi médecin. Pourtant, à cause du stress et des insomnies, arrive un moment où il n’arrive plus à étudier. En conséquence, il échoue à son examen d’entrée à l’université quatre années de suite. S’en suivent alors six années d’isolement. Pour Suzuki, c’est le sentiment de ne pas être à la hauteur de ses anciens camarades d’études qui l’a emprisonné pendant huit ans chez lui.

Quant à Sakamoto, ce sont les pertes coup sur coup de son emploi et de ses parents qui ont brisé son âme. En avait-il fait assez pour eux ? Ce questionnement lui a fait perdre le goût de la vie. Alors dans sa tête et autour de lui, comme ses compères de voyage, il ne voyait que le vide.

Ce pèlerinage va heureusement, pour eux, s’avérer salvateur.

Temples et esprit d’équipe

Les effets positifs du périple sont en effet incroyables pour certains. Déjà parce que les cinq esseulés se retrouvent ensemble et se soutiennent. Chacun écoute l’histoire de l’autre, comprend sa souffrance.

Car si les raisons ne sont pas toutes les mêmes, le résultat, lui, l’est. Cet isolement, ils ont cependant tous conscience qu’il n’est pas la bonne option pour retrouver un semblant de bonheur dans leur quotidien. Les décisions qui découlent de cet esprit d’équipe sont alors étonnantes.

Suzuki, par exemple, alors qu’il n’a plus d’argent pour payer les frais du reste du voyage (15€/jour), réussit à se faire embaucher pour quelques jours dans une auberge. Alors que sortir de chez lui était il y a peu encore inconcevable, il prend ici son courage à deux mains et accepte de travailler avec des inconnus. Le Japonais se libère d’un poids. Chaque pas en avant de son pèlerinage en est un aussi vers sa renaissance.

Car l’objectif du voyage est aussi de se rappeler que l’on existe.

Ce regard que l’on craint

Autre bénéfice de ce voyage, le changement de vision que les isolés ont sur le monde extérieur. Car, non, tout le monde n’est pas constamment agressif ou dans le jugement. Sur leur chemin, les cinq hommes rencontrent la bienveillance et les sourires.

Parfois aussi d’autres âmes brisées dans le passé, mises à l’écart et qui leur tendent la main pour les aider…et se faire aider en retour. Alors les hikikomori ressentent un sentiment dont ils ne se croyaient plus capable : ils sont utiles à d’autres.

Peu à peu, Hikikomori Pilgrimage nous montre que ce voyage ressource et redonne de l’espoir aux anciens isolés. Même s’il n’efface pas toutes les angoisses de demain, il leur donne de la force et des armes pour les affronter avec une dignité retrouvée.

Oui, ils respirent à nouveau, et ce, dans un endroit où l’air est bien frais !

Les paysages d’un pays sage

Le voyage entrepris par nos isolés n’est en effet pas n’importe lequel. Il s’agit du pèlerinage de Shikoku, un circuit autour de l’île japonaise du même nom. Il s’arrête dans des temples en lien avec Kukai, le moine bouddhiste (né en 774) le plus célèbre du Japon. C’est ainsi un total de 88 sites sur le pèlerinage de Shikoku que visitent les pèlerins. Une épopée qui s’étend sur environ 1 200 kilomètres.

Ce circuit est donc une quête spirituelle mais aussi une rencontre avec soi-même autant qu’avec les personnes rencontrées en chemin. Une aventure parfaite pour les hikikomori que nous suivons dans le reportage. Pour les spectateurs, c’est l’occasion de voir de belles images de montagnes et de plages rarement mises en avant.

La région n’attire en effet pas vraiment les influenceurs, souvent plus en quête de buzz que de spiritualité. Les charmes naturels sont pourtant bien là et c’est un véritable bonheur d’en profiter ici, alors qu’ils accompagnent nos valeureux meurtris.

Hikikomori Pilgrimage est une belle bouffée d’espoir pour toutes les personnes qui souffrent d’isolement et de solitude. Il démontre en effet par l’expérience que les rencontres et le soutien extérieur sont indispensables pour garder un équilibre mental. Parfois quelques mots ou gestes -même de la part d’inconnus- sont le déclic et le pilier dont on a besoin pour aller de l’avant et croire en demain.

Ce magnifique reportage est à découvrir en streaming gratuitement sur le site de la NHK jusqu’au 17 octobre 2026.

-Stéphane Hubert