La société japonaise est-elle malade ? « New Group » s’empare du sujet avec folie et horreur ! Un film japonais jubilatoire à découvrir au cinéma.
New Group est un film écrit et réalisé par Yûta Shimotsu.
L’histoire se déroule dans un lycée gagné par une étrange ferveur sectaire qui pousse les étudiants à former une immense pyramide humaine collective. Ai, une lycéenne timide, et Yu, un nouvel élève rebelle, refusent de se joindre au mouvement. Leur résistance les transforme en cibles, traqués par leurs camarades et une institution de plus en plus autoritaire.
On monte un groupe ?

New Group s’attaque à ce qui fait le sel de la société japonaise depuis toujours : le groupe. Il est parfois une véritable force quand il se traduit par une solidarité sans faille. Mais il peut surtout, de nos jours, être un poids. Car ce sentiment que chaque action individuelle aura des conséquences sur tous fait naître une pression énorme sur les épaules de beaucoup de Nippons. « L’expression individuelle n’a pas sa place ici. » assène la professeure de dessin.
C’est la première métaphore de cette pyramide folle qui se forme dans le film. Si une personne n’est pas à la hauteur, alors tout s’écroule. Et le choix n’est pas permis de se joindre ou non aux autres. L’école est ainsi montrée comme un camp militaire.
On y marche au pas et attention à celles et ceux qui auront le malheur de s’opposer à l’ordre établi.
Qui veut prendre ma place ?

Le film de Yûta Shimotsu se passe quasiment intégralement dans les couloirs d’un lycée. Il n’en oublie donc pas d’aborder un autre sujet qui gangrène le parcours de bien des élèves : le harcèlement scolaire. Ainsi se pose la question de l’intervention. Ai est en effet témoin du comportement détestable de certaines de ses camarades sur une jeune fille. Elle sait surtout que, si elle intervient, elle prend le risque de prendre sa place. Une situation délicate à gérer. Agir pour la justice et souffrir en retour ? Se taire mais voir sa conscience questionnée ? Il en faut du courage pour trouver la réponse à son âge.

New Group nourrit son scénario de bien d’autres thèmes plus mondiaux. Manipulation des foules, dangers des réseaux sociaux et besoin de viralité… Plus les choses sont étranges, moins elles étonnent finalement. Seul le potentiel de partage sur les réseaux sociaux a un poids sur l’attention. Alors imaginez quand des gens se mettent à faire sans prévenir des pyramides dans les rues ? C’est jackpot !
Il faut juste faire avec les meurtres qui vont avec.
New Group sanguin ?

Oui, Yûta Shimotsu a fait études de sociologie et ça se sent. Son analyse du comportement humain est effectivement évidente dans sa façon de raconter son histoire. Mais il ne faut pas oublier ce qu’est avant tout son œuvre : un très bon film d’horreur à l’angoisse permanente ! À part quelques rares personnages rebelles, c’est en effet bien la folie que l’on lit sur les visages des tous les autres. À commencer par ceux de la famille de la pauvre Ai dont les membres semblent, chaque jour, un peu plus touchés par le mal qui touche la ville.
Et puis, même si le proviseur n’a de cesse de répéter que « Appartenir à un groupe rend heureux. », le contraire peut surtout devenir mortel. Même si les meurtres sont plus souvent suggérées que montrés, les giclées d’hémoglobines et, surtout, les sons terrifiants des os qui craquent et de la peau qui se déchire feront frissonner le spectateur de terreur. Une manière maline et intelligente de nous épargner une surenchère graphique grâce à une mise en scène inspirée et efficace.

Le tout servi par un très bon casting, à commencer par la fragile Anna Yamada, qui prêtait sa voix au rôle-titre du film ChaO.
À la manière d’un Battle Royale, la charge métaphorique est ici effectivement très forte. La société japonaise en prend pour son grade et le spectateur se régale.
New Group est absolument jubilatoire, effrayant et réussi. Voilà longtemps que le cinéma d’horreur n’avait pas trouvé refuge sur grand écran dans l’hexagone et il signe son retour fracassant avec talent.

Le film a obtenu le Prix du Jury Fantasia 2025 et le Prix Spécial du Jury Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2025. Une reconnaissance plus que méritée. Distribué par Shadowz, New Group est à découvrir au cinéma en France dès le 26 août.
-Stéphane Hubert

















































