Au Japon, c’est grâce aux Shichifukujin, les sept divinités du bonheur, que l’on peut espérer (ou non) passer une heureuse année ! Parmi les moyens qui existent pour s’assurer leur protection, le plus amusant est sans doute le fait d’effectuer le pèlerinage de sept temples ou sanctuaires dédiés à ces divinités…

Statues des sept divinités du bonheur du Fujimori-jinja de Kyôto (@Naokijp wikimedia commons). De gauche à droite : Jurôjin, Benzaiten, Hotei, Bishamonten, Ebisu, Daikokuten et Fukurokuji.

Qui sont les sept divinités du bonheur? 

Les Shichifukujin 七福神, les sept divinités du bonheur, sont des divinités très populaires au Japon, associées aux notions de bonheur et de richesse, deux choses que l’on souhaite généralement obtenir tout particulièrement au moment de la nouvelle année.

Les sept divinités du bonheur sont de trois origines différentes : Japon, Inde et Chine. Elles sont apparues à la fin de l’époque Muromachi (1392-1568) dans la région de Kyôto et sont vite devenues populaires dans tout le pays. Les sept divinités sont Ebisu (Japon), Daikokuten (Inde), Bishamonten (Inde), Benzaiten (Inde), Fukurokuji (Chine), Jurôjin (Chine) et Hotei (Chine). En plus d’être associées à la notion de bonheur, chacune de ces divinités est liée à une vertu que vous trouverez entre parenthèses.

Ebisu 恵比寿 (honnêteté) est la seule de ces divinités qui est vraiment Japonaise. Il s’agit aussi du dieu des pêcheurs, c’est pour cette raison qu’il est représenté avec une canne à pêche et une daurade. Daikokuten 大黒天 (fortune) est quant à lui associé à l’agriculture et porte un maillet qui lui permet d’exaucer des vœux. Pour cause, à l’époque, ce sont de bonnes récoltes qui symbolisaient la prospérité. Benzaiten 弁財天 (amabilité) est la seule femme parmi les divinités du bonheur. Elle est représentée avec un biwa, un instrument de musique japonais, car elle est également la divinité des arts.

Affiches du pèlerinage des divinités du bonheur de la ligne Nankai (Ôsaka) et d’Hakone.

On poursuit avec Bishamonten 毘沙門天 (dignité), qui est dans le bouddhisme l’un des quatre rois célestes (shitennô 四天王), les gardiens de la loi bouddhique. Fukurokuji 福禄寿 (popularité) et Jurôjin 寿老人 (longévité) sont deux divinités associées au même dieu taoïste, le « vieil homme du pôle sud ». Fukurokuji est reconnaissable à son crâne chauve et très long, alors que Jurôjin est un vieil homme, souvent accompagné d’un cerf. Pour terminer, la divinité Hotei 布袋 (sagesse) a pour particularité d’être à l’origine une véritable personne et non une divinité, puisqu’il s’agit d’un moine bouddhiste appelé Budai et qui a vécu à l’époque de la dynastie Tang (618-907). Hotei est représenté avec un gros ventre, de longs lobs et porte aussi un grand sac rempli de trésors.

Si les divinités du bonheur sont très importantes et populaires en début d’année, c’est parce que c’est à ce moment qu’elles arrivent sur leur navire appelé takarabune 宝船, rempli de richesse à distribuer aux plus méritants. Selon la tradition japonaise, le premier rêve de l’année (hatsuyume 初夢) détermine l’année en cours, alors pour que l’année soit chanceuse il faut faire un rêve positif dans la nuit de la nouvelle année. Parmi les signes positifs, il y a par exemple le fait de rêver du mont Fuji. Le rapport avec les divinités du bonheur ? C’est justement grâce à elles que l’on peut augmenter ses chances de faire le bon rêve, en dormant avec une image du takarabune sous son oreiller…

Netsuke d’hotei du Metropolitan Museum of Art.

Les pèlerinages des sept divinités du bonheur

Si le coup de l’image à l’effigie du takarabune n’a pas marché, ne vous en faites pas, il reste un moyen plutôt efficace de s’attirer les faveurs des divinités japonaises : effectuer le pèlerinage des sept divinités du bonheur, shichifukujin meguri 七福神巡り. Pour réaliser ces pèlerinages rien de plus simple, enfin à condition d’être au Japon au mois de janvier, puisqu’il suffit de visiter sept temples et/ou sanctuaires dédiés aux sept divinités. Un par divinité. C’est assez simple, d’autant plus que les temples/sanctuaires sont souvent situés à proximité les uns des autres, ce qui permet de faire les sept visites en très peu de temps.

Les pèlerinages dédiés aux sept divinités du bonheur ont commencé quasiment en même temps que leur culte s’est développé. À l’origine, la visite des sept lieux de culte devait avoir lieu le jour de l’an pour fonctionner, maintenant on a tout le mois de janvier pour le faire. Pour marquer, et prouver, la visite de ces temples/sanctuaires il faut obtenir sept goshuin (calligraphies) différents. Les goshuin 御朱印 (voir notre article sur les goshuin) sont des calligraphies que l’on peut obtenir dans un temple/sanctuaire. La calligraphie est faite sur un carnet (goshuin-chô) et contient notamment le sceau du lieu, son nom calligraphié par un membre du lieu de culte, le plus souvent devant vos yeux, et la date du jour. C’est un excellent souvenir très populaire auprès des touristes, Japonais comme Étrangers.

Les goshuin du pèlerinage des sept divinités du bonheur sont un peu différents, car ils contiennent en plus le nom du pèlerinage et de la divinité. Sur les goshuin du pèlerinage de Kyôto (photo ci-dessous), on trouve aussi un sceau à l’effigie du symbole des divinités : la daurade pour Ebisu, le maillet pour Daikokuten, le biwa pour Benzaiten…

Daigofu du Miyako Shichifukujin, le pèlerinage des divinités du bonheur de Kyôto.

Pour récupérer les sept goshuin du pèlerinage, vous pouvez bien évidemment utiliser votre carnet en cours, mais il est également possible de les réunir sur un même support, une grande amulette appelée Daigofu 大護符. Cette grande amulette possède généralement une illustration qui rappelle les divinités du bonheur, comme le takarabune, autour de laquelle sont ajoutées les sept calligraphies. Pour collecter les goshuin sur la même amulette, il suffit de l’acheter dans le premier lieu visité, elle coûte environ 2000¥ (environ 15€) et contient souvent le premier goshuin du lieu. Ensuite, il faut simplement donner l’amulette aux temples/sanctuaires suivants pour obtenir les autres goshuin. Chaque goshuin coûte en général 300¥ (environ 2€).

Contrairement à la plupart des pèlerinages qui se déroulent dans un lieu ou une région bien précise, celui des sept divinités du bonheur existe dans tout le Japon. Parmi les pèlerinages les plus populaires, il y a celui de Kyôto, lieu de naissance du culte. Le pèlerinage de Kyôto est appelé Miyako shichifukujin 都七福神 et comprend les lieux suivants : le sanctuaire Kyôto Ebisu-jinja (Ebisu), le temple Matsugasaki Daikokuten (Daikokuten), le temple To-ji (Bishamonten), le temple Rokuharamitsu-ji (Benzaiten), le temple Akayama Zen-in (Fukurokuji), le temple Gyôgan-ji (Jurôjin) et le temple Manpuku-ji (Hotei).

En rouge : les sept sanctuaires du pèlerinage de Nihonbashi

Si de nombreux lieux de culte dédiés aux divinités du bonheur sont des temples bouddhistes, il existe quand même des sanctuaires shintô, notamment pour Ebisu qui est la seule divinité japonaise. Il y a même à Tokyo un pèlerinage entièrement composé de sanctuaires shintô: celui du quartier de Nihonbashi à Tokyo. Ce pèlerinage contient les lieux suivants : le Kasama Inari-jinja (Jurôjin), le Koami-jinja (Fukurokuji), le Hôjô Benzaiten Suiten-gû (Benzaiten), le Suehiro-jinja (Bishamonten), le Chanoki-jinja (Hotei), le Suginomori-jinja (Ebisu) et le Matsushima-jinja (Daikokuten). Comme vous pouvez le voir sur la carte ci-dessus, ces sanctuaires sont situés très près les uns des autres et permettent de découvrir des lieux de culte parfois méconnus en une seule journée.

Voilà, vous savez désormais comment engranger un maximum de chance pour la nouvelle année qui arrive. On vous souhaite par la même occasion une très belle année 2024, 明けましておめでとうございます (akemashite omedetô gozaimasu).

Claire-Marie Grasteau

En-tête : sculpture de pierre des sept divinités à Gamagôri (préfecture d’Aichi) (wikimedia commons).

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