Des images du Japon des années 60, la plongée nostalgie…

Le Japon. Dans l’imaginaire collectif, cela évoque immédiatement un pays à la pointe de la modernité et de la technologie. C’est en particulier l’image qui ressort de sa capitale, Tokyo avec ses gratte-ciel futuristes, sa forte population et ses quartiers dédiés aux dernières nouveautés technologiques. Mais il fut un temps pas si lointain où le Japon n’était pas encore une puissance mondiale et sa capitale la mégalopole surpeuplée et avancée qu’elle est devenue. Aujourd’hui, Poulpy vous offre un petit retour dans le passé à travers la vie quotidienne au Japon dans les années 60.

10 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon continue de se relever péniblement des ruines que cette dernière a laissé derrière elle, après avoir été chapeauté par les forces d’occupation américaines jusqu’en 1952. En 1945, Tokyo était une ville pratiquement rasée comme en témoignent les archives. Mais déjà dans les années 60 de nouvelles habitations ont poussé, les immeubles s’élèvent et la capitale renaissait enfin de ses cendres. L’incroyable boom économique n’est plus très loin…

Tokyo en 1945. Source : wikimedia
Le quartier de Shibuya dans les années 60. Source : wikimedia

À l’aube des années 60, les rues de Tokyo ne débordent encore pas d’une foule compacte. Les routes ne sont pas encore paralysées par les véhicules même si les grandes artères et les gares empruntées par les travailleurs commencent doucement à se charger de monde. Mais l’occidentalisation de la vie quotidienne s’est accélérée de part l’influence des Américains restés sept ans au Japon. Si des femmes s’habillent encore du kimono traditionnel (très rares aujourd’hui), elles sont de plus en plus nombreuses à se vêtir désormais à l’occidentale, tout comme les travailleurs. Pendant la guerre, les femmes ont remplacé les hommes dans les usines et, par la suite, elles seront toujours plus enclines à travailler, au moins jusqu’au mariage. Bien avant la guerre l’uniforme des écoliers était déjà d’inspiration militaire occidentale : le « sailor fuku » pour les filles fut basé sur l’uniforme de la Royal Navy, et le « gakuran » pour les garçons fut inspiré par l’uniforme de l’armée prussienne. Une fascination précoce pour la culture occidentale qui n’empêchera pas le conflit mais aidera sans doute à faciliter la réconciliation.

Jeune étudiante portant le « sailor fuku ».

La famille typique japonaise comprend alors un couple et ses enfants, en moyenne au nombre de deux. Monsieur travaille pour faire vivre sa famille tandis que Madame est femme au foyer, en charge de l’éducation des enfants et de toutes les tâches ménagères pour assurer le bien-être de tous. Un rêve américain parfaitement transposé à la culture japonaise. Tout y est bien millimétré et coordonné. La mère prépare les repas pour toute la famille, confectionne les bentôs que son mari et ses enfants mangeront à midi à leur travail ou à l’école.

L’économie du Japon se redresse et ira croissante jusqu’à ce que le pays devienne la seconde puissance mondiale derrière les États-Unis au milieu des années 70. Pour se faire le Japon, peut compter sur une industrie déjà performante avant-guerre qu’il va rapidement transformer et concentrer sur les industries lourdes (métallurgie, électricité, chantiers navals, automobile) et chimiques. La main d’œuvre abondante, disciplinée et productive joue un grand rôle dans ce redressement fulgurant du pays.

Le Japon a su tout aussi bien prendre de l’avance dans les domaines de l’informatique et l’électronique en subventionnant la recherche. Ainsi, 1964, il existe déjà le « view phone » qui permet de passer un appel téléphonique tout en visionnant le visage de son interlocuteur sur un petit écran.

Keystone / Getty Images

Télévision, téléphone, lave-linge, cuisines équipées, ces biens de consommation améliorant le confort des familles commencent à gagner tous les foyers. Le pouvoir d’achat grandissant permet à une importante classe moyenne de les acquérir. En 67, le PNB du pays dépasse celui du Royaume-Uni ! Côté politique, les mouvements socialistes et partis communistes sont mis hors jeu à la fin des années 50 avec l’aide de la CIA et de la mafia japonaise. Les mouvements conservateurs regagnent le pouvoir sous le nom du Parti libéral-démocrate et règnent en maître tout au long des années 60 en misant leur politique sur le travail et la croissance. Les contestations, notamment contre le développement du nucléaire, sont écrasées dans la violence.

Manifestation à Tokyo (1960) Hiroshi Hamaya/Steidl.

Les années 60 au Japon, c’est aussi ceux des Jeux Olympiques d’été de 1964, symbolisant la ré-acceptation du Japon dans la communauté internationale, avec des investissements colossaux pour impressionner le monde. La même année, on inaugure la fameuse gare de Tokyo. Des J.O. qui vont d’ailleurs servir de prétexte à nombre de couples japonais pour se marier ! 1964, c’est aussi l’année où le premier train à grande vitesse du Japon, le Shinkansen Tōkaidō est lancé et va connecter Tokyo à Osaka.

World Bank Group

Une époque glorieuse où tout paraissait possible, où les Japonais avaient confiance en un avenir meilleur, portés par la croissance sans limite de leur pays. Une société de consommation est en plein développement appuyée sur des bases solides qui feront la puissance de Japon dans le monde. Un rêve qui va rapidement s’avérer illusoire et un temps que les plus vieux Japonais regrettent, à l’heure des crises économiques, écologiques et sociétales qui se succèdent.

Pour ressentir également cette nostalgie d’un temps révolu, Poulpy vous conseille de visionner le petit documentaire ci-dessous :

S. Barret


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Sources : youtube / monde-diplomatique.fr